LE MYTHE CHRÉTIEN DES GÉMEAUX

« Homme doué de sagesse, sachant établir un rapport fécond entre les différents éléments qui s’opposent ».

La tradition de l’hermétisme chrétien associe saint Thomas au signe des Gémeaux. Or nous savons que ce disciple douta de la résurrection du Christ et demanda des preuves tangibles :

“ Or Thomas, l’un des Douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux, lorsque vint Jésus.

Les autres disciples lui dirent donc : « Nous avons vu le Seigneur ! ».

Mais il leur dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas. »

Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l’intérieur et Thomas avec eux. Jésus vient, les portes étant closes, et il se tint au milieu et dit : « Paix à vous ».

Puis il dit à Thomas : « Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant. « 

Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » ”.

– Jean XX, 24-28.

    Ce besoin de constater les faits évoque assez bien l’intelligence pragmatique caractérisant tout natif des Gémeaux, avide de connaître le pourquoi et le comment des choses. A un autre niveau, cette exigence de l’apôtre illustre également la nécessité incontournable qu’il éprouva d’instaurer un rapport de complémentarité entre sa réalité intérieure (ce qu’il pensait et ce qu’il croyait) et la réalité extérieure (ce qu’il voyait et ce qu’il touchait). A ce titre, le nom hébreu qui lui était attribué signifiait « jumeau » comme d’ailleurs le surnom grec « Didyme » qu’il portait également. Sachant que le signe des Gémeaux est précisément représenté par deux jumeaux, l’association avec cet apôtre est déjà fort intéressant sur un plan purement symbolique.

    En outre, parmi les multiples exploits relatés dans La Légende dorée, citons cet épisode marquant où Thomas prépara pour le roi Gondolforus les plans d’un magnifique palais. Parti visiter ses provinces lointaines, le roi laissa à l’apôtre une importante somme d’argent pour édifier le château. Toutefois, Thomas s’empressa, sitôt son départ, de distribuer tout cet argent aux pauvres. A son retour, le souverain se mit évidemment en colère et jeta l’apôtre en prison en attendant de le condamner à mort. Gab, le frère du roi, mourut cependant soudainement et revint quatre jours plus tard pour annoncer à son frère que Thomas lui avait fait ériger un magnifique palais dans le ciel en ayant ainsi distribué son argent aux pauvres. Dès lors, Thomas fut délivré et les deux frères convinrent qu’ils posséderaient en commun le palais céleste.

    Sur un plan symbolique, les deux frères symbolisent évidemment une conscience pleinement ouverte sur le monde extérieur (Gondolforus) et une autre placée à l’écoute des réalités intérieures (Gab). En tant qu’apôtre du Christ, Thomas incarne, quant à lui, les forces de l’esprit. La condamnation à mort de Thomas évoque donc un processus par lequel la conscience, exclusivement focalisée sur l’aspect extérieur des choses, tenta d’assujettir les impulsions de l’esprit à son propre pouvoir afin de satisfaire ses convoitises égocentriques.

    Echouant dans sa tentative, elle chercha alors à étouffer toute expression de l’esprit (Gondolforus fit emprisonner Thomas pour le mettre à mort). Ce faisant, elle s’enleva cependant toute possibilité d’être à l’écoute des réalités intérieures (Gab mourut brusquement). Sous l’effet d’une grâce divine, la conscience intérieure accéda toutefois à une vision des plans célestes qu’elle communiqua sitôt à Gondolforus. Ceci évoque, sur un plan symbolique, le rétablissement d’un rapport de complémentarité féconde entre le monde extérieur et la réalité intérieure. Thomas accomplit donc pleinement sa mission.

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