ANALYSE KABBALISTIQUEMENT DE :

HeQaM

Le nom du Chérubin HeQaM (YaH) est constitué d’un radical composé des lettres He, QoPh et MeM à partir desquelles nous pouvons  extraire le mot maq (MeMQoPh) désignant «la Pourriture.» ou« la gangrène ». En inversant les lettres de ce mot, nous obtenons également le terme qam (QoPhMeM) associé à la racine (QoPhVaVMeM) signifiant «  se lever)  elle-même à l’origine des verbes qomém (QoPhVaVMeMMeM) (« relever » ou « restaurer »), qiyém (QoPhYoDMeM) (« accomplir » ou « réaliser ») et héquîm (HeQoPhYoDMeM) (« élever », « ériger » ou « établir »). Quant à la particule YaH, elle place ce radical dans une perspective de relation à Dieu. Pour saisir l’enjeu auquel ce Chérubin se réfère, entreprenons donc l’analyse symbolique de ces mots.

À propos du mot maq (MeMQoPh) désignant « la  pourriture » ou « la gangrène » il s’agit d’un terme évoquant essentiellement la nécessité de se dépouiller de toute réalité étrangère adoptée comme sa propre chair. Le squelette résultant de ce processus dévient alors le symbole de l’être profond, ayant une pérennité alors que la fausse identité disparaît par l’épreuve du temps. En effet, le tissu osseux étant imputrescible en raison de sa forte minéralisation, l’appareil squelettique  n’est pas, après la mort, soumis à la décomposition, comme les autres organes. En ce sens, la pourriture devient le symbole d’un acquiescement volontaire à la mort, d’une ouverture à la transformation radicale de l’être par la découverte du squelette, emblème d’une nature profonde vouée à une totale transformation.

En ce sens, il est d’ailleurs éloquent de constater qu’en permutant les deux lettres constituant le terme hébreu désignant la pourriture, nous obtenons le mot qam (QoPhMem) associé à la racine (QoPhVaVMeM) signifiant « se lever », à l’origine des verbes qomèn, qiyém et héquîm déjà cité. En d’autres termes, la pourriture ne s’inscrit pas ici dans un processus d’annihilation, mais bien dans un mécanisme de rédemption rétablissant la création dans sa dimension ontologique (celle que Dieu lui a attribuée dès son origine), l’extirpant dès lors de cette réalité illusoire dans laquelle l’Esprit du monde là maintient depuis l’événement de la Chute.

Dans la même perspective, notons que le mot hébreu maq (MeM QoPh) est accolé, au niveau du radical, à la lettre He, une lettre qui, issue, d’un ancien idéogramme représentant une fenêtre, incarne, nous l’avons déjà affirmé à plusieurs reprises, un processus, par lequel la puissance divine, en tant que force illuminative (évoquée par la lumière) et vivificatrice (évoquée par l’air), investit le créé pour lui insuffler une force nouvelle. À ce stade de notre analyse, nous pouvons donc en déduire que le Cherubin HeQaM (Yah) nous invite à contempler avec les yeux du cœur tout ce que Dieu a créé, annihilant ainsi les valeurs illusoires et éphémères que l’Esprit du monde (et l’ego) cherche à développer, restituant à la Création sa vocation première : celle de louer Dieu et de le rendre visible dans le monde.

À ce titre, Syméon le Nouveau Théologien, un des plus grands mystiques byzantins du onzième siècle, enseigna que Dieu créa le monde pour « se faire connaître, pour être vu ».  Nous retrouvons cette même idée, magnifiquement formulée, dans un hadith célèbre chez les soufis « Dieu dit : j’étais un trésor, j’ai voulu être connu et j’ai créé le monde ». Pensons aussi aux propos de saint Maxime le Confesseur qui, parlant d’une incarnation de Dieu dans les choses, écrit: « Il se cache mystérieusement dans les raisons intérieures (Logoi) des êtres créés… présent en chacun totalement et avec toute Sa plénitude… En tout le  divers est caché Celui qui est Un et éternellement identique ». – Maxime le Confesseur, Ambigua (PC 91-1308 A et 130913C; 1312 A).

Aussi,  « la contemplation de la nature (theorica physiké), avec toutes les ressources de sens caché inhérentes à chaque être, devient la voie unique et nécessaire qui mène à là connaissance (effective) de Dieu. ». – Urs von Baltasar, Hans, liturgie cosmique, Maxime le Confesseur, Paris, 1947.

C’est encore à cette présence que l’Archimandrite Spiridon se réfère lorsqu’il écrit; « Il me semblait que chaque herbe, chaque fleur, chaque épi de seigle me chuchotait de mystérieuses paroles sur une essence divine toute proche, toute proche de l’homme, de chaque animal, de toute chose: herbes, fleurs, arbre, terre, soleil, étoiles, et de tout: l’univers. ».­ – Archimandrite Spiridon. Mes missions en Sibérie, Palis, 1950.  

Ainsi donc, « la création, c’est l’œuvre de Dieu. Nous ne sommes pas des manichéens, pour qui, à côté de Dieu, il y avait un principe du mal, pour qui la chair était mauvaise. Dieu sait si, au deuxième-siècle, saint Irénée s’est battu sur ce terrain. Il est venu de Smyrne à Lyon pour combattre les gnostiques de la vallée du Rhône, lesquels enseignaient que la nature, que la chair est mauvaise. Pourtant saint Jean avait écrit: « Le Verbe s’est fait chair ». Elle est admirable, l’œuvre d’Irénée qui affirme: « la chair est sauvée, la chair n’est pas mauvaise. » […] Connaissez-vous ce livre qui s’appelle le Rituel, un gros recueil de toutes les prières de l’Église pour les occasions les plus diverses ? Vous y trouverez une prière pour la bénédiction des maisons, une pour la bénédiction de la chambre à coucher, ou encore la bénédiction de la mer, celle des vers à soie… L’Église bénit toutes les réalités du monde, l’œuvre de Dieu. Si nous le voyions sortir des mains divines, nous n’aurions pas trace de mépris pour le créé. », Varillon, François, Vivre le christianisme, Bayard Éditions / Centurion, Paris, 1992.  

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