LE MYTHE CHRÉTIEN DU TAUREAU

« Homme de paix ne nourrissant aucune angoisse face aux aléas de l’existence ».

La tradition de l’hermétisme associe l’apôtre Philippe au signe du Taureau. Or il intervint plus particulièrement au cours de la première multiplication des pains :

“ Levant alors les yeux et voyant qu’une grande foule venait à lui, Jésus dit à Philippe :

« Où achèterons-nous des pains pour que mangent ces gens ? » Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit :

« Deux cent deniers de pains ne suffisent pas pour que chacun en reçoive un petit morceau. » ”.

– Jean VI, 5-7.

Dans cet épisode, le Christ éprouva en fait la capacité de son disciple à gérer les ressources de la matière. En effet, il chercha à évaluer son aptitude à percevoir les réalités matérielles comme une expression concrète de l’esprit, celles-ci pouvant alors pourvoir à toutes les nécessités de l’existence.

    Citons également cet épisode où Philippe ne comprit pas ces paroles du Maître

“ si vous me connaissez, vous connaissez aussi mon Père, dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu.”.

– Jean XIV, 7.

Interrogeant alors le Christ, celui-ci lui répondit:

“ »Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire: Montre-nous le père ! ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres.”.

– Jean XIV, 9-10.

A travers ce récit, le Christ enseigna donc clairement à Philippe que le Fils est la dimension extérieure (l’expression phénoménalisée) du Père.

    Transposant ces propos au niveau de la nature humaine, le Père évoque alors la dimension spirituelle de l’être, le Fils correspondant à sa dimension corporelle. En ce sens, l’apôtre prit donc conscience que l’esprit et le corps sont l’expression d’une seule et même réalité. Ainsi,

« un être humain est une chair insufflée, un souffle charnel. La chair privée de souffle, le cadavre, est un tas de poussières ; et le souffle privé de chair n’est plus qu’une ombre. Poussière et ombre ne sont pas des composants de l’être humain, ils n’ont pas d’existence séparée. Une ombre qui n’est plus ombre de quelque chose n’est plus rien. Une poussière qui n’est plus poussière de quelque chose n’est plus rien. Ombre et poussière n’existeraient pas en soi. Hors de cette relation d’enveloppement qui les lient l’un à l’autre, la chair et le souffle n’existent plus. ».

– Malherbe, Jean-François, Souffrances humaines et absence de Dieu, 1992.

    Enfin, La Légende dorée nous rapporte à propos de cet apôtre qu’il vint « en Asie dans la ville de Hiérapolis où il éteignit l’hérésie des Ebionites qui enseignaient que Jésus-Christ avait pris une chair fantastique. ».

– Voragine, Jacques, La Légende Dorée, GF-Flammarion, Paris, 1967.

Or les Ebionites ne voyaient en Jésus qu’un messie humain au même titre que Moïse. Aussi, ils affirmaient qu’après sa mort il avait pris une chair « fantastique » (c’est-à-dire « inventée », selon l’ancienne signification du mot) pour apparaître devant les hommes, réfutant ainsi le fait que son corps fût ressuscité. En s’opposant aux Ebionites, Philippe devint donc l’avatar de cette vision considérant le corps comme une expression extérieure de l’esprit, faisant dès lors de la dimension corporelle un aspect fondamental de l’être appelé, certes, à se transformer sous l’effet de l’Esprit mais demeurant cependant une dimension ontologique.

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