ANALYSE KABBALISTIQUE DU SÉRAPHIN

Le nom du Séraphin ÂLaM (Yah)  est constitué d’un radical composé des lettres AYiN, LaMeD  MeM à partir  desquelles nous pouvons former le mot Amal  (AYiNMeMLaMeD) signifiant «travailler » et désignant également «le travail » ou « le labeur ».

« Je finis aussi par détester tout lé labeur (Amal) auquel je m’étais adonné sous le soleil, et dont je dois laisser les fruits à quelqu’un qui me succédera. »

– Ecclésiaste II, 18

Prononcé Amel, il évoque alors « le travailleur» ou «l’ouvrier », De même, nous pouvons constituer le terme èlèm (AYiNLaMeDMeM) désignant « le jeune homme ». Quant à la particule Yah, elle place ce radical dans une perspective de relation à Dieu. Pour comprendre la mission particulière  de ce Séraphin, voyons  donc plus précisément la signification symbolique de ces mots.

À propos du travail, notons d’abord qu’il s’agit essentiellement d’une réalité humaine. En effet, I ‘animal ne travaille pas à proprement parler. À ce titre d’ailleurs, le livre de la Genèse nous rapporte que, dès son origine, l’homme travailla puisque, sitôt qu’IL l’eut créé, Dieu le fit cultivateur dans le jardin d’Éden:

« Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. »

– Genèse II 15.

Certes, certains ne manqueront pas de s’interroger sur le fait que Dieu n’ait pu,  dans sa toute puissance, faire un jardin ne nécessitant aucun entretien.

En fait, il faut d’abord se rappeler que la création (symbolisée par le jardin d’Éden) est  une projection extérieure des multiples facettes structurant la nature humaines, puisque l’homme récapitule la création tout entière dont il est d’ailleurs la synthèse et le centre. C’est du reste ce que note F. Schuon lorsqu’il écrit:

« Adam est une synthèse de l’univers créé: il est naturellement pris au centre et au nombril de la terre (mont Sion [selon là tradition kabbalistique]), mais tous les éléments se réunissent dans sa création. Dieu réunit de partout la poussière à partir de laquelle Adam devait être fait; comme l’expriment des étymologies du mot Adam qui le comprennent en tant qu’abréviation de ses éléments ou des noms des quatre points cardinaux dont il est fait: »

F. Schuon, Castes et Races, Lyon, 1957.

Or si l’homme a été créé parfait, à l’image de Dieu,: il n’a pas été créé achevé : sa tâche consistant à s’ouvrir à l’amour afin de participer à Sa réalité, Dieu étant ‘amour. C’est d’ailleurs à cette condition unique qu’il accédera à son achèvement. Ainsi,

« La perfection dû premier homme, c’est qu’il n’est pas comme les autres êtres de la nature, animaux ou végétaux mais qu’il est appelé par Dieu, dès l’origine, à une fin proprement  divine: appel à entrer dans l’amour de Dieu, à partager  éternellement la vie même de Dieu. ».

Varillon, François, Joie de croire, joie de vivre, op. cit.

Dès lors, en tant que projection extérieure  de la nature humaine, la création se trouve dans ce même état d’inachèvement.  Toutefois, en s’ouvrant à l’amour qui le fera communier toujours plus intimement à la réalité de Dieu, l’homme conduira  également la création (dont il est la synthèse et le centre) vers son propre achèvement (sa participation aux réalités divines).

À ce titre d’ailleurs, il est éloquent de constater qu’à la fin des temps (c’est-à-dire lorsque tout sera accompli), le paradis ne revêtira plus l’apparence d’un «  jardin planté en Éden », mais celle d’une ville la Jérusalem céleste qui resplendit comme une pierre précieuse. En effet,

«elle est munie d’un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes près desquelles il y a douze Anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des fils d’Israël; à l’orient, trois: portes; au nord, trois portes; au midi, trois portes, à l’occident, trois portes. Le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l’un des douze apôtres de l’Agneau. ».

– Apocalypse XXI, 12-14.

Or la ville est une agglomération de constructions bâties par l’homme. Certes, elle sera également  une cité sainte tout empreinte de la gloire de Dieu mais, en tant que réalité urbaine, elle est directement liée à l’activité humaine comme le laisse d’ailleurs supposer la présence des noms dès douze tribus des fils d’Israël inscrits sur les douze portes, les douze assises de son rempart .portant chacune, quant à elles, le  nom de l’un des douze apôtres.

Ainsi donc, le travail que Dieu attribua à l’homme est une œuvre fabuleuse: amener Son œuvre (la création) à son accomplissement en la faisant participer toujours plus Intimement aux réalités divines (ce processus de communion supposant chez l’homme une réceptivité de plus en  plus profonde à l’amour). En ce sens, le travail devrait être pour l’homme la source d’une grande joie .Toutefois, suite à l’événement de la Chute au cours, duquel il se détourna de Dieu, cessant de répondre à son appel l’invitant à communier à Son amour, le travail se pervertit et devint une source d’aliénation. Comment aurait-il pu en être autrement ? En se fermant à toute dimension de l’amour, le travail ne fut plus une œuvre de vie, mais une œuvre de mort, détruisant non seulement la création mais l’homme lui-même, ayant depuis lors été astreint à fournir de grands efforts pour accomplir un travail peu valorisant (« À la sueur de ton front tu mangeras ton pain »).

À l’inverse, le Séraphin ÂLaM (Yah)  nous invite donc à consacrer notre action à Dieu, ce don contribuant à assurer Sa présence au sein du créé.  À ce titre d’ailleurs, nous avons également extrait du radical le mot èlèm (AYiNLaMeDMeM)   désignant « le jeune homme ». Par la polarité masculine qu’il incarne, il évoque évidemment une force émissive et active, une capacité à s’investir dans le monde a à y œuvrer pleinement. Plus encore, dans les sociétés traditionnelles, le jeune homme désigne l’homme qui ne s’est pas encore marié et qui vit toujours chez son père. Dès lors, il désigne celui qui agit et œuvre pleinement en consacrant toutes sa force émissive et active (tout son pouvoir d’agir) au service de Dieu, de son Créateur (évoqué par l’image du père). Nous retrouvons donc à nouveau tout l’enjeu du Séraphin ÂLaM (Yah).

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