LE MYTHE GREC DU LION :

Pour se purifier du meurtre de ses enfants, la mythologie grecque nous rapporte qu’Héraclès se mit à la disposition du roi Eurysthée qui lui imposa douze tâches (ce sont les célèbres travaux d’Hercule). Parmi celles-ci, la première consistait à tuer le lion de Némée, un animal gigantesque issu des amours de deux monstres prisonniers du Tartare : Echidna (une femme serpent) et Typhon (un monstre aux cent gueules vomissant des flammes). Après l’avoir traqué, Héraclès décocha donc contre lui toutes ses flèches, le frappa de son épée et de sa massue mais aucune de ses armes n’eut d’effet sur la bête. Aussi, le jeune héros dut finalement s’engager dans un périlleux corps à corps avec l’animal. Il réussit alors à l’enserrer dans ses bras et à l’étouffer. Après l’avoir tué, il l’écorcha et se revêtit de sa peau.

        Sur un plan symbolique, le lion incarne sur un plan maléficié toutes les pulsions aveugles, sauvages et destructrices d’un ego encore replié sur lui-même et insensible au rayonnement de l’esprit. Plus encore, ces pulsions sont d’autant plus sauvages et violentes qu’elles sont ordinairement niées ou rejetées hors de la conscience. C’est pourquoi le lion de Némée était issu des amours de deux monstres enfermés par les dieux dans les profondeurs du Tartare. Ce rejet fut d’ailleurs la première cause de la férocité de l’animal et ceci est très important. En effet, comme nous l’avons souvent évoqué, c’est le rejet ou la négation d’un aspect de soi-même qui dénature cette dimension et la rend mauvaise.

En outre, issu d’un tel processus de rejet, nous savons qu’une bête féroce profite toujours, tôt ou tard, d’un moment d’inattention pour attaquer et dévorer la personnalité au même titre qu’une pulsion instinctuelle réprimée resurgira à l’occasion d’un moment de faiblesse pour dominer celui qui l’a ainsi niée.

    C’est ce que nous précise également la psychanalyse qui affirme à propos du tigre, un autre fauve, qu’il représente « un foyer de tendances devenues complètement autonomes et sans cesse prêtes à nous assaillir à l’improviste et à nous déchiqueter. Sa puissante nature féline incarne un ensemble de poussées instinctives dont la rencontre est aussi inévitable que dangereuse. […] Ces instincts se montrent sous leur aspect le plus agressif parce que, refoulés dans la jungle, ils sont devenus complètement inhumains. Pourtant le tigre fascine; il est grand et puissant, même s’il n’a pas la dignité du lion. C’est un despote perfide qui ne connaît pas le pardon. Voir déambuler un tigre dans ses rêves signifie être dangereusement exposé à la bestialité de ses élans instinctifs. » – Aepli, Ernest, Les Rêves et leur interprétation, Paris, 1951.

    Dans cette perspective, le combat mené par Héraclès contre le lion de Némée illustre un processus d’intégration par lequel toutes les dimensions de son être, même les plus viles, ont été réintégrées. En effet, Héraclès réussit alors à maîtriser l’animal et il alla même jusqu’à revêtir sa peau, utilisant ainsi ces pulsions primaires en les intégrant harmonieusement. Le fait qu’il tua le lion et s’en revêtit nous rappelle donc que, confronté à notre nature bestiale et instinctuelle, nous devons la maîtriser et en tirer les forces nous permettant d’exprimer pleinement ce que nous sommes. Comme le souligne Paul Diel, Héraclès est en ce sens « le représentant idéalisé de la force combative; le symbole de la victoire (et de la difficulté de la victoire) de l’âme humaine sur ses faiblesses », – Diel, Paul, Le symbolisme dans la mythologie grecque, nouvelle édition, Paris, 1966.

Cette victoire, répétons-le, ne résultant pas d’un processus d’annihilation ou de rejet mais d’un travail d’intégration.

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