L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE L’ANGE VeSHaR (VASARIAH)

LES 72 ANGES DE LA KABBALE


Le nom de la Domination VeSHaR (VASARIAH) est constitué d’un radical composé des lettres VaV, ShIN et ReISh à partir desquelles nous pouvons former le mot shour (ShINVaVReISh) désignant la « muraille » ou le « rempart ». De même, nous y trouvons le mot sar (ShINReISh ) qui signifie « se retirer », « s’écarter » et qui évoque également l’« ange tutélaire », le « patron » ou le « génie ». Enfin, nous pouvons constituer, par simple permutation des lettres, le mot shor (ShINVaVReISh) désignant le « bœuf » ou le « Taureau » (en tant que signe zodiacal). Quant à la particule YaH, elle introduit toutes ces réalités dans une perspective de relation à Dieu.

À propos de la muraille et du rempart, ils évoquent évidemment une délimitation. Or, dans les traditions initiatiques et religieuses, le mur sépare généralement l’espace sacré d’un lieu profane. Dès lors, il est parfaitement infranchissable, sauf pour l’initié. Pensons, en ce sens, aux grilles qui séparaient autrefois le chœur du reste de l’église.

« En certaines grandes églises, ces grilles sont des œuvres immenses, s’élevant à de grandes hauteurs. Le jubé, au Moyen Âge, en occupait souvent la place. Parfois aussi le pourtour du chœur était clôturé de véritables murs, souvent ornés de bas-reliefs… Aucun laïc ne peut pénétrer le chœur au cours des cérémonies […] La défense date du VIIème siècle; elle a été maintes fois renouvelée par la S. Congrégation des Rites; elle figure au Cérémonial des Évêques. » .

– Aigrain, R., Liturgia, Encyclopédie populaire des connaissances liturgiques, Librairie Bloud et Gay, Paris, 1930.

De même, une clôture dans les ordres monastiques séparait les laïcs des religieux. Plus encore, « franchir la clôture » signifiait rentrer dans les ordres en se retirant du monde profane pour pénétrer dans un monde sacré, où règne une véritable intimité avec Dieu. Les mystiques médiévaux ont d’ailleurs repris cette image de la clôture pour désigner la frontière séparant la nature profane de la dimension sacrée de l’homme, cette citadelle de silence (qu’ils appelaient « la cellule de l’âme ») où l’homme se réfugie pour être protégé des attaques de l’extérieur et où il puise la force nécessaire pour vaincre l’influence pernicieuse du monde. Ainsi, la muraille ou le rempart évoquent la protection divine vis-à-vis du monde extérieur dont jouit celui qui s’est retiré du monde (comme l’évoque du reste le mot sar (ShINReISh ) signifiant « se retirer » ou « s’écarter ») pour entrer dans l’intimité des réalités intérieures: celles de l’Esprit. C’est pourquoi l’auteur de l’Ecclésiastique rapporte que

« faute de clôture, le domaine est livré au pillage ».

– Ecclésiastique XXXVI, 25.

C’est également dans la même perspective qu’il faut lire ce passage du livre de Job:

« Le Seigneur dit alors au Satan: « D’où viens-tu ? » – « De rôder sur la terre, répondit-il, et d’y flâner. » Et le Seigneur reprit: « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’a point son pareil sur la terre: un homme intègre et droit, qui craint Dieu et se garde du mal! » Et le Satan de répliquer: « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas entouré d’une haie, ainsi que sa maison et son domaine alentour ? Tu as béni toutes ses entreprises, ses troupeaux pullulent dans le pays. Mais étends la main et touche à ses biens; je te jure qu’il te maudira en face ! » ».

– Job I, 7-11.

Dans cet épisode, l’image de la haie évoque en effet très clairement la protection spéciale (divine) dont jouit celui qui, s’étant placé sous l’influence de l’Esprit, devient hors d’atteinte face aux puissances ténébreuses.

Dès lors, la disparition de cette haie ou de cette clôture entraîne la cessation de la protection résultant d’un rapport intime avec la divinité, suscitant du même coup l’ouverture aux forces du mal vectrices de stérilité, de destruction et de mort. À ce titre, le psalmiste écrit:

« Il était une vigne: tu l’arraches d’Égypte, tu chasses des nations pour la planter; devant elle tu fais place nette, elle prend racine et remplit le pays. Les montagnes étaient couvertes de son ombre, et de ses pampres les cèdres de Dieu; elle étendait ses sarments jusqu’à la mer et du côté du Fleuve ses rejetons. Pourquoi as-tu rompu ses clôtures, et tout passant du chemin la grapille, le sanglier des forêts la ravage et la bête des champs la dévore ? ».

– Psaumes 80 (79), 9-14.

La muraille évoque donc très clairement un processus par lequel, nous plaçant en communion avec Dieu, bénéficions d’une puissante protection contre les forces ténébreuses qui ne peuvent plus nous atteindre. Nous nous affranchissons ainsi totalement de leurs influences et ne les craignons plus, jouissant pleinement des multiples grâces dont l’Esprit le comble. Nous pourrions alors lui adresser ces mots que le Seigneur employa pour rassurer le prophète Josué:

« Sois sans crainte ni frayeur, car le Seigneur ton Dieu est avec toi dans toutes tes démarches. » .

– Josué I, 9.

C’est d’ailleurs dans cette perspective que nous pouvons interpréter le mot sar, un autre mot que nous avons extrait du radical et qui désigne l’« ange tutélaire », le « patron » ou le « génie ». En effet, selon les croyances de l’Antiquité, le génie, mot qui vient du latin genius (divinité tutélaire), était un esprit qui présidait à la destinée de chaque mortel.

« Le génie d’une personne, appelé traditionnellement génie familier, accompagnait ce dernier, dès sa naissance et jusqu’à sa mort, « comme son double, son démon, son ange gardien, son conseiller, son intuition, la voix d’une conscience supra-rationnelle ». Il le conseillait et veillait sur sa conduite… […] D’après Platon, le génie familier était invisible tandis qu’Apulée prétendait le contraire. Plutarque considérait que l’éternuement était la manifestation de son génie familier. Socrate était très attentif aux avis du sien (daimôn) qui lui dictait toutes ses résolutions; un jour, le philosophe recommanda à des amis de ne pas prendre une certaine route car son génie le lui avait déconseillé: ceux qui n’avaient pas tenu compte de l’avertissement rencontrèrent un troupeau de porcs et arrivèrent couverts de boue. »,

– Mozzani, Éloïse, Le Livre des Superstitions, Robert Laffont, Paris, 1995.

En fait, ce daimôn, un mot grec qui signifie « esprit divin », est « couramment interprété étymologiquement comme « celui qui alloue« . Il est utilisé assez librement dans la poésie grecque pour signifier « dieu » ou « les dieux« , mais en général les daimones n’avaient pas ce statut; ils n’avaient pas d’image et on ne leur rendait pas de culte, si ce n’est que la première libation [offrande aux dieux] se faisait en l’honneur du « bon daimôn« . Le mot désigne un aspect de la puissance divine qui ne peut pas être identifié à une divinité spécifique et il est rarement utilisé pour désigner un des dieux de l’Olympe. C’est cette puissance divine qui accorde bonne ou mauvaise fortune à un homme, si bien que celui-ci peut croire que le daimôn est avec lui ou contre lui… ».

– Université d’Oxford, Dictionnaire de l’Antiquité, Mythologie, Littérature, Civilisation, sous la direction de M. C. Howatson, Robert Laffont, Paris, 1993.

Le génie tutélaire incarne donc la grâce divine qui adombre celui qui, s’étant tourné vers les réalités intérieures (celles de l’Esprit), devient hors d’atteinte face aux puissances ténébreuses, jouissant d’un état de plénitude indicible comme l’exprime le psalmiste:

« le Seigneur est mon berger, rien ne me manque. Sur des prés d’herbe fraîche il me parque. Vers les eaux du repos il me mène, il y refait mon âme; il me guide aux sentiers de justice à cause de son nom. Passerai-je un ravin de ténèbre, je ne crains aucun mal car tu es près de moi; ton bâton, ta houlette sont là qui me consolent. ».

– Psaume 23 (22), 1-4.

L’image du Seigneur nous parquant sur des prés d’herbe fraîche illustre d’ailleurs fort bien la notion de protection et de plénitude dont jouit celui qui s’est tourné vers Sa réalité.

Enfin, nous avons vu que le mot shor (ShINVaVReISh) désigne également « le bœuf » ou le « Taureau » (en tant que signe zodiacal). À propos du bœuf, il incarne traditionnellement la fécondité de celui qui s’est ouvert à la présence de Dieu et qui jouit désormais pleinement de ses multiples grâces.

À titre d’exemple, ce fut le cas de Job qui jouissait des grâces divines, possédant cinq cents paires de bœufs.

– Job I, 3.

De même, si la tradition populaire place un bœuf dans la crèche pour réchauffer de son haleine l’enfant Jésus, c’est pour signifier le fait que Dieu (dans sa dimension matricielle) adombre son Fils, le comblant de Ses grâces vivifiantes. Quant au signe zodiacal du Taureau, il incarne lui aussi une propension à jouir pleinement des ressources matérielles disponibles tout autour de soi. C’est pourquoi les astrologues affirment que ce signe évoque une aptitude à apprécier et à jouir pleinement des biens terrestres, le natif de ce signe étant généralement un bon vivant, un épicurien placide, sensuel et de bonne nature.

Considérant ce qui précède, nous pouvons en déduire que la Domination VeSHaR (VASARIAH) nous invite à rechercher au sein de notre existence un milieu matriciel nous protégeant contre l’assaut des forces ténébreuses qui parcourent le monde, nous prodiguant par ailleurs toutes les ressources nécessaires à notre développement et à notre épanouissement plénier, jouissant alors d’un profond état de plénitude. Sur un autre plan, il nous invitera également à devenir un bâtisseur d’églises, en faisant de notre environnement un lieu authentiquement sacré permettant à Dieu de s’exprimer pleinement et de pourvoir ainsi aux besoins de tous ceux qui lui demandent assistance.

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