L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE MIaH (EL)

L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE MIaH (EL)

Le nom de l’Ange malakim MIaH (EL) est constitué d’un radical formé des lettres MeM, He et YoD à partir desquelles nous pouvons composer le mot haym הימ (HeYoDMeM) signifiant « être bruyant », « gémir », « troubler » ou « bouleverser ». Dans la même perspective, nous retrouvons le terme hemîah המיה (HeMeMYoDHe) signifiant « bruit » ou « gémissement » et le mot hehîm ההימ (HeHeYoDMeM) signifiant « faire du bruit » ou « causer du trouble ». Enfin, citons la présence, au niveau du radical, du mot Yam מי (YoDMeM) désignant la mer. Quant à la particule EL, elle place ce radical dans une perspective de relation au Divin. Pour saisir la signification profonde et l’enjeu auquel ce malakim se réfère, entreprenons donc l’analyse symbolique des mots précédemment cités.

À propos tout d’abord du « bruit » (et de ses dimensions corollaires « être bruyant » ou encore « faire du bruit »), nous savons qu’il s’agit essentiellement d’une puissance d’expression. En effet, celui qui fait du bruit s’exprime et se manifeste, la force du bruit étant généralement proportionnelle à son désir d’expression. Ainsi le bruit peut être chez l’enfant un moyen de manifester sa présence pour montrer aux autres qu’il existe. Dans les textes bibliques, Dieu Lui-même manifeste parfois sa présence par le bruit. Ainsi, lorsque David consulta IHVH pour combattre les Philistins, le Seigneur lui répondit :

« Ne les attaque pas en face, tourne-les par-derrière et aborde-les vis-à-vis des micocouliers. Quand tu entendras un bruit de pas à la cime des micocouliers, alors dépêche-toi : c’est que le Seigneur sort devant toi pour battre l’armée philistine. ».

– 2 Samuel V, 23-24.

Le prophète Ézéchiel rapporte également :

« Il me conduisit vers le porche, le porche qui fait face à l’orient, et voici que la gloire du Dieu d’Israël arrivait du côté de l’orient. Un bruit l’accompagnait, semblable au bruit des eaux abondantes, et la terre resplendissait de sa gloire. ».

– Ézéchiel XLIII, 1-2.

Enfin, c’est également avec grand bruit que l’Esprit Saint se manifesta aux apôtres :

« Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. ».

– Actes II, 1-3.

Toutefois, le bruit contient en lui-même une certaine dynamique comme le suggère d’ailleurs éloquemment le mot haym הימ (HeYoDMeM) qui signifie à la fois « être bruyant », « gémir », « troubler » et « bouleverser » ou encore le mot hehîm ההימ (HeHeYoDMeM) signifiant « faire du bruit » ou « causer du trouble ». En fait, le bruit trouble l’ordre établi, il brise le silence pour instaurer une dynamique nouvelle. Il est donc rupture, cassure ou choc. Ainsi, il pourrait évoquer l’expression d’une puissance visant à remettre en cause un certain ordre établi. En fait, nous pouvons déjà en déduire que l’Ange malakim MIaH (EL) nous invite à prendre conscience de l’importance de nous ouvrir et d’incarner (de rendre concrète et tangible) la puissance présente au plus profond de nous-mêmes (celle qui relève de notre esprit) en l’exprimant désormais pleinement à travers la réalité tangible, cette expression pouvant faire « grand bruit » en venant troubler un silence mortifère.

En effet, l’homme qui étouffe en lui l’expression de sa nature véritable en la plaçant sous l’emprise de son ego, ignore ce qu’il est profondément. « Cette ignorance fustigée et traquée par Socrate est précisément cette même ignorance que la civilisation industrielle moderne cherche, par tous les moyens – notamment le silence – à engendrer et généraliser : cette ignorance est celle de « la nature réelle » de l’homme. Cette ignorance, dit Socrate est si grande que lorsque l’homme prie Dieu, il ne doit surtout rien lui demander de précis, car, justement l’homme ignore ce qui est bon pour l’homme. Aussi, la prière conseillée par Socrate était-elle simplement celle-ci : « Donnez-moi ce qui est bon pour moi ». Le constat de cette ignorance induit d’ailleurs chez le philosophe une indulgence immense. « Nul n’agit mal volontairement », affirmait Socrate mais tous agissent par ignorance.

« Cette indulgence préfigure celle du Christ disant : « Père, par-donne-leur ; car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc XXIII, 34). Quant à notre temps, il est patent que l’homme d’aujourd’hui, alors qu’il se fait le serviteur des valeurs économiques de la civilisation industrielle, est totalement ignorant de ce qu’il fait, ayant oublié, ou n’ayant jamais appris, que l’homme est bien autre chose que ce qu’on lui a enseigné. ».

– Fromaget, Michel, Corps, Âme, Esprit, Introduction à l’anthropologie ternaire, Albin Michel, Paris, 1987.

En ce sens, ignorant ce qu’il est profondément, l’homme se tait ou adhère aux valeurs banalisantes que l’ego ou son corollaire l’Esprit du monde lui ont enseignées (se perdant ainsi dans la masse). Dans les deux cas, il ne fera pas grand bruit. Seul l’éveil de son esprit (de sa nature unique, réelle et véritable) pourra venir troubler ce silence opaque et épais qui l’étouffe et l’aliène.

Sur un plan supérieur, MIaH (EL) nous invitera par ailleurs à rayonner (à exprimer) la lumière de l’Esprit (la puissance de l’Amour), conduisant ainsi le monde vers sa totale transmutation. À ce titre, nous avons déjà mentionné, au niveau du radical composant le nom de ce malakim , la présence du terme Yam מי (YoDMeM) désignant la mer. Plus encore, la lettre He s’insère au coeur (au centre) de ce mot dans le radical. Or nous savons que cette lettre évoque le souffle de l’Esprit. Dès lors, MIaH (EL) incarne l’image d’une mer investie par le souffle de l’Esprit. Si cette image peut sembler bien mystérieuse, elle s’éclaire cependant dans la mesure où l’on sait que la mer symbolise, en raison de son étendue sans limite, de son gouffre apparemment sans fond, de sa mouvance et de son instabilité, le monde non encore pleinement accompli. En fait, elle évoque le monde actuel en tant qu’état gestatif précédant une création nouvelle : celle à laquelle saint Paul fait allusion lorsqu’il déclare :

« la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité – non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise, – c’est avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire de Dieu. Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. »

– Romains VIII, 19-22

Dès lors, cette image d’une mer insufflée par l’Esprit nous révèle l’enjeu de l’Ange malakim MIaH (EL) : nous amener à favoriser ce travail d’enfantement en exprimant au sein de la création la puissance de l’amour dont nous sommes investis (He) afin qu’elle puisse entrer, selon les mots de l’apôtre,

« Dans la liberté de la gloire de Dieu ». Le Christ a d’ailleurs admirablement insisté sur cette nécessité lorsqu’il déclara à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne peut se cacher, qui est sise au sommet d’un mont. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi, votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. ».

– Matthieu V, 14-16.


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