L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE MENAD (EL) MENADEL


L’ANALYSE KABBALISTIQUE : Le nom Seraphim MeNaD (EL) est formé d’un radical composé des lettres MeM, NoUN et DaLeTh à partir desquelles nous pouvons constituer le mot medan מדנ (MeMDaLeThNoUN) signifiant la « querelle » ou la « dispute ». En ajoutant la lettre Hé au radical, nous obtenons le terme menudeh מדנה (MeMDaLeThNoUNHe) désignant l’« excommunié » ou le « hors-la-loi ». Enfin, le terme דמנ (DaLeThMeMNoUN) désigne le « fumier » (lorsqu’il est prononcé domen) ou « fumer (une terre) » (lorsqu’il est prononcé dimen). Quant à la particule EL, elle place ce radical dans une perspective de relation à Dieu. Pour saisir la signification profonde et l’enjeu auquel ce Seraphim se réfère, nous nous intéresserons donc à ces mots qui se réfèrent tous à une réalité commune.

À ce titre, il importe tout d’abord d’étudier plus exhaustivement ce qu’évoque l’image du hors-la-loi ou celle de l’excommunié. Pour ce faire, rappelons-nous que le hors-la-loi désigne celui dont le comportement n’entre pas dans les normes fixées par la société. Resitué évidemment dans une perspective initiatique, ce caractère hors norme se traduit par le fait de ne plus adhérer aux valeurs (aux lois) propres à ce monde ou à celles de l’ego (des valeurs fondées exclusivement sur l’avoir, le pouvoir et le valoir). Précisons bien toutefois que le hors-la-loi dont il s’agit ici n’est pas un ermite : il ne rejette pas la société, mais les valeurs que celle-ci lui propose. Nous pourrions à ce titre reprendre les propos de M. Laroche au sujet du combat que livre le chrétien, ce hors-la-loi par excellence :

« Le monde ne se combat pas extérieurement, en transformant, ou en voulant changer la société, mais à l’intérieur de soi. Le chrétien n’est pas quelqu’un qui rejette extérieurement la société, c’est quelqu’un qui rejette le poids qu’elle a dans son âme ; c’est seulement cela. Toute interprétation sociale du message du Christ, et donc politique, est une aberration. ».

– Laroche, M., Seconde naissance de l’homme de l’angoisse d l’homme de la résurrection, Paris, Nouvelle cité, 1986, 155p, p. 31.

Ainsi, le hors-la-loi n’est plus du monde bien qu’il soit dans le monde pour reprendre l’expression évangélique :

« Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. ».

– Jean XVII, 16.

Plus encore, le hors-la-loi évoque également une dynamique de rejet et d’opposition : il rejette en effet les valeurs illusoires que lui propose l’Esprit du monde (Satan) et il s’attire conséquemment le rejet de cet Esprit du monde. Le Christ lui-même réalisa d’ailleurs mieux que quiconque la portée de cette expérience, Lui qui fut mis à mort pour s’être opposé au monde. Dans sa lettre apostolique sur le sens chrétien de la souffrance, Jean-Paul II écrira à ce titre :

« Le Fils de l’homme, déclare-t-Il, doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes… ».

– Marc VIII, 31.

Aussi,

« durant son activité apostolique, commente le Souverain Pontife, non seulement il a éprouvé la fatigue, l’absence de maison, l’incompréhension, même de ses plus proches, mais, par-dessus tout, il a été de plus en plus hermétiquement enfermé dans un cercle d’hostilité, et les préparatifs pour le faire disparaître du monde des vivants sont devenus de plus en plus manifestes. ».

– Lettre Apostolique du Souverain Pontife Jean-Paul H sur le sens chrétien de la souffrance humaine.

Non seulement le Christ s’attira-t-il ainsi l’hostilité du monde, mais il en fut également de même pour tous ceux qui le suivirent. Ainsi, Il déclara à son Père au sujet de ses disciples (à ceux qui rejetèrent le monde pour le suivre) :

« Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. ».

– Jean XVII, 14.

Dans la même perspective, le psalmiste déclarait déjà au Seigneur :

« C’est pour toi que je souffre l’insulte, que la honte me couvre le visage, que je suis un étranger pour mes frères, un inconnu pour les fils de ma mère ; car le zèle de ta Maison me dévore, l’insulte de tes insulteurs tombe sur moi. ».

– Psaume 69 (68), 8-10.

Michel Fromaget a fort bien cerné cette attitude d’hostilité de la société (qu’il nomme la Mère) face à ceux qui tentent de rejeter les valeurs qu’elle leur propose :

« Alors que la Mère cherche à étouffer l’esprit, elle empêche l’homme de progresser vers l’unité de son être. Elle tend donc à le diviser, à le maintenir dans un état de division. L’empêchant de naître à l’esprit, elle l’empêche aussi, ipso facto, de pouvoir s’ouvrir à Dieu. Elle oeuvre donc à diviser la créature d’avec son Créateur (les symboles, au contraire, sont des figures par qui l’ici-bas et l’au-delà s’unissent). Comme facteur de division, la civilisation moderne se présente, par conséquent, comme « diabolique« . Ce sont les mots qui le disent d’eux-mêmes, je ne pense pas trop les solliciter (le mot « diable » provenant en effet du grec diabolos, de diabollô: « séparer, diviser« ]. Le but de l’Éternel étant l’accomplissement de l’homme (« La gloire de Dieu, c’est l’homme Vivant… » disait saint Irénée), la Mère se souciant ardemment d’empêcher cet accomplissement se montre donc bien, d’autre part, comme « adversaire », par suite comme « satanique ». Là encore ce sont les mots, dans leur étymologie, qui parlent. Mots grecs, ou mots hébreux, tous incitent à considérer la civilisation industrielle avec une méfiance accrue. « […] Il y a, c’est indéniable, une contradiction de fond entre la direction anthropologique indiquée par le Dépôt, le « Don » (Paradosis a comme racine le mot grec didone, qui veut dire don, donné) et l’orientation, les choix privilégiés par la civilisation occidentale. L’archiprêtre orthodoxe M. Laroche, qui a livré un ouvrage pénétrant sur l’angoisse induite par la metanoïa, écrit : « Déjà ici, nous voyons pourquoi le christianisme, réellement pratiqué – poussé, si l’on peut dire, à son extrême, qui n’est en somme que l’unique façon de pratiquer l’Évangile – est une folie pour la société, car il en est, en quelque sorte, la condamnation ». ».

– Fromaget, Michel, Corps, Âme, Esprit, Introduction à l’anthropologie ternaire, Albin Michel, Paris, 1987.

Ainsi donc, tous ceux qui suivent l’Évangile, en pratiquant dans leur vie les valeurs que leur propose le Christ (celles de l’amour), deviennent véritablement des hors-la-loi, se plaçant inévitablement en rapport d’opposition avec ceux qui sont encore sous l’emprise du monde. Ce rapport d’opposition est d’ailleurs éloquemment évoqué par le mot medan מדנ (MeMDaLeThNoUN) signifiant « la querelle » ou « la dispute ». En ce sens, la querelle ou la dispute ne désignent pas une réalité négative en tant que telle : ce déchirement n’est pas en effet motivé par une volonté égoïque cherchant à augmenter son pouvoir, son valoir ou son avoir, mais par un repositionnement nous plaçant désormais en rapport antagoniste avec le monde et ses illusions. C’est en ce sens d’ailleurs que le Christ déclara :

« N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille. »

– Matthieu X, 34-36.

Par ailleurs, le terme domen דמנ (DaLeThMeMNoUN) désignant le « fumier » est également fort intéressant. En effet, le fumier est un mélange de déjections solides et liquides, c’est-à-dire d’éléments que le corps a rejetés (qu’il n’a pas assimilés). Or ce fumier est utilisé comme engrais pour le sol, lui fournissant un apport de matières nutritives propices à le rendre particulièrement fertile en vue de favoriser les récoltes futures. En fait, ce fumier est un qualificatif qui pourrait très bien être adressé au hors-la-loi. En effet, outre le fait qu’il est employé populairement comme injure à l’adresse d’un individu particulièrement haïssable (c’est-à-dire à un être qui choque et qui heurte), le fumier est fondamentalement rejet organique (non assimilé par le corps) au même titre que le hors-la-loi est un être rejeté (non assimilé par la société). Toutefois, et c’est là une dimension supplémentaire que ce terme apporte, le fumier est engrais. Or le hors-la-loi incarne également des valeurs nouvelles qui, si elles sont rejetées de prime abord par la société, n’en ont pas moins laissé leur empreinte au niveau de l’inconscient collectif, le fécondant en quelque sorte et le rendant peu à peu propice à développer une vision plus large, plus souple et plus riche (moins stérile) de la réalité.

En résumé, l’enjeu de le Seraphim MeNaD (EL) nous invite à lutter contre les puissances égoïques qui nous maintiennent dans un état mortifère en combattant en nous toutes les valeurs fondées sur l’avoir, le pouvoir et le valoir. Sur un plan supérieur, cet enjeu consiste à défendre les valeurs de l’amour en s’érigeant avec force et courage contre une quête de l’avoir, du pouvoir et du valoir inculquée par la société. Certes, ceci nous vaudra une vive réaction de rejet de la part de celle-ci. Toutefois, MeNaD (EL) nous aidera à assumer pleinement notre position de hors-la-loi, nous faisant prendre conscience que si nous nous attirons mépris et hostilité, nous n’en sommes pas moins, par notre seule présence, un ferment actif qui ensemencera l’inconscient collectif.

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