L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE LEKAV (EL)

LES 72 ANGES DE LA KABBALE

Le nom de la Domination LEKAV (EL) est constitué d’un radical composé des lettres LaMeD, KaPh et BeITh à partir desquelles nous pouvons former le mot kélèb (KaPhLaMeDBeITh) désignant le « chien ». Nous pouvons également en extraire le mot kabal (KaPhBeIThLaMeD) signifiant « lier », « enchaîner », « être lié » ou « être enchaîné ». Enfin, nous y trouvons le mot leb (LaMeDBeITh) se rapportant au cœur. Quant à la particule EL (ALePhLaMeD), elle introduit ces réalités dans une perspective de relation à Dieu. Pour comprendre la vocation profonde de l’être angélique ainsi dénommé, commençons donc par étudier la signification symbolique du chien qui lui est associé.

À ce propos, il importe de nous rappeler que depuis une époque fort reculée, cet animal a été au service de l’homme. Il semble même avoir été le premier animal domestiqué si on se fie aux gravures du rocher de Tiout (en Afrique du Nord), datant très certainement du début du néolithique.

En effet, on peut y voir un tireur à l’arc chassant les autruches en compagnie de son chien. Sur un plan symbolique, il incarne donc une capacité à servir de manière fidèle et intègre. Plus précisément encore, les diverses traditions lui ont attribué une fonction de guide. Ainsi, « la première fonction mythique du chien, universellement attestée, est celle de psychopompe, guide de l’homme dans la nuit de la mort, après avoir été son compagnon dans le jour de la vie. D’Anubis à Cerbère, par Thot, Hécate, Hermès, il a prêté son visage à tous les grands guides des âmes… […]

Xolotl

Les anciens Mexicains élevaient des chiens spécialement destinés à accompagner et à guider les morts dans l’au-delà. On enterrait avec le cadavre un chien couleur de lion – c’est-à-dire de soleil – qui accompagnait le défunt comme Xolotl, le dieu-chien, avait accompagné le Soleil pendant son voyage sous terre.

Ou bien le chien était sacrifié sur la tombe de son maître pour l’aider, au terme de son long voyage, à franchir les neuf fleuves qui défendaient l’accès de la demeure éternelle des morts, Chocomemictlan, le neuvième ciel. […] À l’antipode de la Méso-Amérique, cet exemple permet de mieux comprendre certains détails des rites funéraires des peuples chamaniques de Sibérie. Ainsi, chez les Gold, le mort est toujours enseveli avec son chien.

« Ailleurs, chez un peuple de cavaliers, le cheval du mort est sacrifié, et sa chair distribuée aux chiens et aux oiseaux qui guideront le défunt vers les empires du ciel et des enfers. En Perse et en Bactriane, on jetait aux chiens les morts, les vieillards et les malades. À Bombay, les Parsi installent un chien près du moribond, de façon que l’homme et l’animal se regardent dans les yeux. À la mort d’une femme en couches, on présente non pas un, mais deux chiens, car il faut assurer le voyage de deux âmes. Au pont mythique de Tschinavat, où les dieux purs et impurs se disputent les âmes, les justes sont guidés au paradis par les chiens qui gardent le pont à côté des dieux purs. ».

Chevalier, Jean, Gheerbrant, Alain, Dictionnaire des Symboles, Robert Laffont, Paris, 1982.

Si nous interprétons tout ceci sur un plan symbolique, la mort devient évidemment une image de l’état dans lequel nous nous retrouvons lorsque, enfermés dans le cercle de l’ego (ou assujetti à l’Esprit du monde), nous sommes incapable d’accéder par nous-mêmes aux réalités de l’Esprit et aux ressources prodigieuses qu’elles renferment. Le sacrifice d’un chien en faveur du mort évoque dès lors l’acte par lequel nous guidons l’homme plongé dans les ténèbres (tant physiques, psychiques que spirituelles) afin qu’il prenne conscience de ses ressources et qu’il puisse sortir de sa condition mortifère.

C’est dans une perspective similaire que nous pouvons également interpréter le fait que le chien fût toujours un fidèle compagnon de l’homme lorsque celui-ci s’adonne à la chasse. En effet, la forêt, théâtre traditionnelle de la chasse, incarne, sur un plan symbolique, le plan terrestre. Ainsi, les dieux de nombreuses mythologies naissent et passent bien souvent leur enfance au sein d’une forêt, évoquant ainsi un processus par lequel la réalité divine qu’ils incarnent passe du non manifesté au manifesté, s’enracinant progressivement dans le monde tangible du créé. Mise en rapport avec nous, la forêt symbolise évidemment la nature humaine dans sa globalité. Dès lors, le fait de chasser dans la forêt pour débusquer l’abondant gibier qu’elle recèle (et qui demeure tapi au sein de ses fourrés) évoque un processus par lequel nous rentrons en nous-mêmes pour y rechercher les multiples potentialités que notre nature possède. En conséquence, en aidant l’homme à chasser, traquant et débusquant le gibier pour le placer à portée de ses armes, le chien évoque l’aspirant qui le guide pour l’aider à prendre conscience de ses propres ressources et à en jouir de manière plénière.

Considérant ce symbolisme, il est également intéressant de constater que l’histoire biblique mentionne la présence d’un chien aux côtés du jeune Tobie:

« L’enfant partit avec l’ange, et le chien suivit derrière. ».

-Tobie VI, 2.

Or si le jeune Tobie se mit en route sur l’injonction de son père, le vieux Tobit, c’est pour aller chercher de l’argent que celui-ci avait chez un certain Gabaël:

« Ce jour-là, Tobit pensa à l’argent qu’il avait déposé chez Gabaël, à Rhagès de Médie, et il se dit: « J’en suis venu à demander la mort, je ferais bien d’appeler mon fils Tobie, pour lui parler de cette somme, avant de mourir. » Il fit venir son fils Tobie auprès de lui… […] Alors Tobie répondit à son père Tobit: « Je ferai, père, tout ce que tu m’as commandé. Seulement, comment faire pour lui reprendre ce dépôt ? Lui ne me connaît pas, et moi, je ne le connais pas non plus. Quel signe de reconnaissance vais-je lui donner, pour qu’il me croie et qu’il me remette l’argent ? De plus, je ne sais pas les routes à prendre pour ce voyage en Médie. « Alors Tobit répondit à son fils Tobie: « Nous avons échangé nos signatures sur un billet, et je l’ai coupé en deux pour que nous en ayons chacun la moitié. J’ai pris l’une, et j’ai mis l’autre avec l’argent. Dire que cela fait vingt ans que j’ai mis cet argent en dépôt ! Maintenant, mon enfant, cherche-toi quelqu’un de sérieux pour compagnon de voyage, il sera à nos frais jusqu’à ton retour; et puis va toucher cet argent chez Gabaël. ».

– Tobie IV, 1-3; V, 1-3.

Dans cette perspective, le chien qui suivit Tobie tout au cours du voyage pourrait incarner la dynamique qui anima son compagnon de route: celle de se placer à son service (de lui offrir ses ressources) pour l’aider à prendre conscience de ses propres ressources (évoquées par l’argent placé chez Gabaël) et à en jouir pleinement. C’est dans cet ordre d’idées que nous pouvons interpréter le mot kabal (KaPhBeIThLaMeD) signifiant « lier », « enchaîner », « être lié » ou « être enchaîné ». En effet, en se plaçant au service de l’autre pour lui offrir son soutien et son aide, le guidant sur le sentier de l’existence, nous nous lions en quelque sorte à lui, l’accompagnant de manière fidèle et indéfectible dans ses difficultés.

Quant au terme leb (LaMeDBeITh), évoquant le cœur, il nous apporte une précision supplémentaire. Pour bien la saisir, il faut d’abord insister sur le fait que la lettre KaPh occupe le centre du radical étudié. Or cette lettre est issue d’un ancien idéogramme représentant une main ouverte et nous savons qu’elle incarne une aptitude à transcender les pulsions d’appropriation du moi. En ce sens, le radical (LaMeDKaPhBeITh) évoque un processus par lequel nous ouvrons notre main à l’autre pour lui donner notre cœur. Nous retrouvons là encore une image très similaire à celle évoquée par le chien. Considérant ce qui précède, nous pouvons en déduire que la Domination LeKaV nous invite à nous placer au service d’autrui, lui offrant notre appui et notre aide (notre cœur) pour lui faire découvrir ses propres ressources et le guider vers son accomplissement (sa plénitude). Il nous incitera, en d’autres termes, à avoir le cœur sur la main dans notre rapport avec les autres. En outre, il nous invitera également à nous donner au Tout-Autre, afin que Celui-ci puisse mieux s’exprimer au sein de Sa création, celle-ci s’assimilant alors à la Jérusalem céleste à propos de laquelle saint Jean nous rapporte:

« Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. >>.

– Apocalypse XXI, 3.

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