L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE IYaZ (EL)

L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE IYaZ

LE SERAPHIM IYaZ

Le nom du Seraphim IYaZ (EL) est constitué d’un radical formé des lettres YoD, YoD et ZaYIN à partir desquelles nous pouvons composer (en redoublant la lettre ZaYIN ) le mot zîz זיז (ZaYINYoDZaYIN ) désignant la « saillie » ou la « proéminence ». Si nous ajoutons la lettre VaV au radical, nous obtenons le mot zîwî זיוי (ZaYINYoDVaVYoD ) signifiant « brillant » ou « resplendissant », ou le terme zîw זיו (ZaYINYoDVaV) évoquant le « rayonnement » et la « splendeur ». Quant à la particule EL, elle place ce radical dans une perspective de relation à Dieu. Pour saisir la signification profonde et l’enjeu auquel ce Seraphim se réfère, entreprenons donc l’analyse symbolique de ces mots.

Mais auparavant, il est souhaitable d’analyser les deux lettres composant ce radical : le YoD et ZaYIN. À propos du YoD , nous savons que cette lettre est issue d’un ancien idéogramme représentant une main. Le mot « main » s’écrit d’ailleurs yad יד (YoDDaLeTh), un terme très proche du mot yod יוד (YoDVaVDaLeTh). Or le mot hébreu yad évoque la force puisque la main a toujours été un symbole privilégié de la puissance. Ainsi,

« aux mains du Seigneur est le gouvernement du monde… ».

– Ecclésiastique X, 4.

Lorsque le roi David bénit Dieu, c’est aussi en ces termes qu’il prononça son action de grâces :

« La richesse et la gloire te précèdent, tu es maître de tout, dans ta main sont la force et la puissance ; à ta main d’élever et d’affermir qui que ce soit. ».

– 1 Chroniques XXIX, 12.

Ainsi donc, la main évoque la puissance de l’homme (ou de Dieu), en tant que force dynamique qui agit et opère de manière effective et tangible dans le monde. Quant à la lettre ZaYIN, elle est issue d’un ancien idéogramme représentant une arme. Le nom même de cette lettre (ZaYINYoDNoUN) signifie d’ailleurs littéralement « armer », « armure » ou « armement ». Or l’arme est très étroitement associée à la guerre. Évidemment, il ne s’agit pas ici d’une guerre destructrice cherchant à assouvir des instincts belliqueux, mais d’une guerre constructive, d’une véritable guerre sainte qui annihile l’action des puissances ténébreuses du monde.

Dès lors, lorsque le YoD mobilise le ZaYIN , il évoque un processus par lequel nous focalisons toute notre puissance (ou sur un plan supérieur, la puissance de Dieu) pour entrer en guerre contre les puissances ténébreuses qui nous maintiennent (et, avec nous, la création tout entière) dans un état d’aliénation (un état d’esclavage au service de l’Esprit du monde, Satan, et de son corollaire sur le plan intérieur, l’ego). Ainsi, nous pouvons en déduire que le Seraphim IYaZ (EL) va nous inciter à lutter contre les forces d’inertie, de léthargie et de torpeur qui nous figent, nous cristallisent et nous immobilisent en agissant de manière effective pour incarner dans le monde la lumière de l’Esprit. À un autre niveau, nous pourrions dire aussi que cet enjeu consistera à défendre les valeurs de l’amour en posant une action tangible à travers une oeuvre concrète, combattant ainsi toutes les situations dans lesquelles il y a laisser-aller, paresse, inertie, résignation, apathie ou négligence.

C’est en fonction de ce pouvoir d’exorcisme que nous pouvons interpréter le mot zîz (ZaYINYoDZaYIN ) désignant la « saillie » ou la « proéminence ».

En effet, la saillie évoque une « partie qui avance, dépasse le plan, l’alignement / l’angle saillant ».

– Définition extraite du Petit Robert, Paris, 1976. 82- Ibid. 83- Ibid.

De même, la proéminence désigne « l’état de ce qui est proéminent c’est-à-dire qui dépasse en relief ce qui l’entoure, forme une avancée. ».

– Définition extraite du Petit Robert, Paris, 1976. 82- Ibid. 83- Ibid.

Le mot zîz est donc associé à un processus d’avancement par lequel nous nous retirons de l’emprise de l’Esprit du monde qui uniformise et banalise, niant ainsi à l’individu toute spécificité et tout caractère d’unicité relevant de son essence profonde (ce que symbolise cet alignement dont la saillie s’extrait). Toutefois, le mot zîz évoque encore une dynamique de pénétration puisqu’en tant qu’avancée, la saillie pénètre plus avant que ne le fait le mur qui la soutient. Elle est donc porteuse d’un élan vers une autre réalité. À ce titre d’ailleurs, elle évoque également :

« l’action de s’élancer, le mouvement soudain, l’impulsion, l’élan. ».

– Définition extraite du Petit Robert, Paris, 1976.

Plus encore, si nous substituons à l’intérieur du mot zîz la lettre VaV à la lettre YoD, nous obtenons le mot zuz (ZaYINVaVZaYIN ) signifiant « bouger », « faire bouger », « déplacer » ou « remuer ». Ainsi, le Seraphim IYaZ (EL) nous appelle à nous extraire (à nous retirer) de l’emprise du monde qui nous maintient dans un immobilisme (une paralysie) mortifère pour nous mettre en route (nous investir) vers une réalité qui nous appelle, celle de Dieu (et par là-même atteindre notre accomplissement). Ce faisant, nous contribuerons à faire bouger les choses tout autour de nous, incitant les autres, par notre seule présence (tangible et, effective aux yeux de tous), à nous suivre et à nous réveiller eux aussi de leur torpeur, se libérant de leur assujettissement à l’Esprit du monde, pour répondre à leur vocation: participer aux réalités du Tout-Autre.

À ce titre, nous pouvons dire que l’homme en chemin ne s’enlise pas dans un « avoir-été » qui le conditionne et l’enferme inéluctablement dans un destin, mais se tourne plutôt vers un « avoir-à-être ». Il prend dès lors conscience qu’exister, c’est pouvoir être autrement. D’ailleurs, le terme exister signifie lui-même « être au-dehors ». L’homme en chemin ne pense donc plus à son être en terme de réalité, mais de possibilité: l’être, c’est le possible ! « Le chemin qui se construit dans la recherche et le questionnement issu d’un non savoir dû à l’effacement du déjà déterminé, déploie un espace d’existence, un projet de monde, un avenir qui dénoue, délie le déjà-dit d’une parole rendue stérile par l’habitude – quand le chemin est devenu son chemin. […] Ainsi émerge une parole du chemin qui signifie en définitive chercher la source du sens dans le préfixe que les mots exil, exode, existence, extériorité, étrangeté ont pour tâche de déployer en des modes divers d’expérience, préfixe qui désigne l’écart et la séparation comme l’origine de toute valeur positive. Se tenir hors de portée, c’est aussi le but de toute éducation par laquelle les parents sont invités à inciter leurs enfants à sortir d’un chemin tracé d’avance, ce que signifie littéralement l’étymologie latine de ce mot, ex ducere, c’est-à-dire faire sortir hors d’un sentier battu. ».

– Ouaknin, Marc-Alain, Lire aux éclats, op. cit.

Pensons ici à cet épisode où Jésus guérit un paralytique:

« Et voici des gens portant sur un lit un homme qui était paralysé, et ils cherchaient à l’introduire et à le placer devant lui. Et comme ils ne savaient par où l’introduire à cause de la foule, ils montèrent sur le toit, et à travers les tuiles, ils le descendirent avec sa civière, au milieu, devant Jésus. Voyant leur foi, il dit: « Homme, tes péchés te sont remis. » Les scribes et les Pharisiens se mirent à penser: « Qui est-il celui-là qui profère les blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? » Mais, percevant leurs pensées, Jésus prit la parole et leur dit: « Pourquoi ces pensées dans vos cœurs ? Quel est le plus facile, de dire: Tes péchés te sont remis, ou de dire: Lève-toi et marche ? Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, je te l’ordonne, dit-il au paralysé, lève-toi et, prenant ta civière, va chez toi. » Et, à l’instant même, se levant devant eux, et prenant ce sur quoi il gisait, il s’en alla chez lui en glorifiant Dieu. Tous furent alors saisis de stupeur et ils glorifiaient Dieu. Ils furent remplis de crainte et ils disaient: « Nous avons vu d’étranges choses aujourd’hui ! » ».

– Luc V, 18-26.

Ce récit est intéressant à plusieurs niveaux. Notons d’abord l’image du paralytique que l’on transporte au-devant de la foule, rappelant celle de la saillie en tant que « partie qui avance, dépasse le plan, l’alignement » (symbolisé par la foule et le rempart qu’elle forme tout autour de Jésus). Cette image évoque donc une volonté de s’extraire (de se retirer) de l’emprise du monde qui maintient l’être dans un immobilisme mortifère. Le Christ lui-même soulignera cet élan puisque le texte nous rapporte que « Voyant leur foi, il dit: « Homme, tes péchés te sont remis. » ». Une seconde image, celle du paralytique qui se lève, prend son grabat et marche, est également particulièrement intéressante, illustrant de manière éloquente ce processus de retrait de l’emprise aliénante du monde pour se mettre en marche vers une réalité nouvelle: celle de son accomplissement. Enfin, une troisième image, tout aussi éclairante, est celle de la foule qui, se libérant de l’emprise des scribes et des Pharisiens qui tentent de la maintenir dans une torpeur mortifère, pénètre une réalité nouvelle: « Tous furent alors saisis de stupeur et ils glorifiaient Dieu. ». C’est dans une perspective similaire que nous pouvons interpréter le mot zîwî זיוי (ZaYINYoDVaVYoD ) signifiant « brillant » ou « resplendissante ». Pensons ici aux paroles que saint Paul adresse aux Philippiens:

« Agissez en tout sans murmures ni contestations, afin de vous rendre irréprochables et purs, enfants de Dieu sans tache au sein d’une génération dévoyée et pervertie, d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière, en lui présentant la Parole de Vie. ».

– Philippiens II, 15-16.

Ces paroles expriment en effet de manière éloquente l’enjeu du Seraphim IYaZ (EL). Agir de manière effective et concrète pour incarner dans le monde la lumière de l’Esprit (l’enjeu de IYaZ (EL)), c’est aussi contribuer à une oeuvre qui brillera comme un foyer de lumière, exorcisant par là-même les ténèbres dans lequel l’Esprit du monde (Satan) maintient la création.


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