KEVAQ(YaH) KHAVAQUIAH – ANALYSE KABBALISTIQUE

KeVaQ כוק

L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE KEVAQ(YaH) KHAVAQUIAH

Le nom du Seraphim KEVAQ(YaH) est constitué d’un radical composé des lettres כוק KaPh, VaV et QoPh à partir desquelles nous pouvons former le mot kouke כוכ (KaPhVaVKaPh) désignant l’ « enfoncement » ou la « niche ». Quant à la particule YaH, elle place ce radical dans une perspective de relation à Dieu. Pour bien saisir la fonction de ce Seraphim , nous allons donc nous intéresser à la signification du terme kouke. Avant d’entreprendre l’analyse symbolique de ce mot, commençons cependant par analyser les lettres constituant le radical כוק (KaPhVaVQoPh).

La lettre KaPh est issue d’un ancien idéogramme représentant une main ouverte. Or ceci est déjà significatif quant à ce que représente cette lettre d’un point de vue symbolique. En effet, le mot KaPh כ (KaPhPhe) désigne lui-même le creux, ou plus précisément la paume de la main en tant que creux, et cette forme évoque tout naturellement une attitude d’accueil, l’homme se disposant à recevoir quelque chose, paume tournée vers le haut. La lettre כ KaPh incarne donc symboliquement une aptitude à accueillir et, plus encore, une capacité à transcender les pulsions de l’ego essentiellement focalisé sur un mode d’appropriation.

En outre, la main ouverte, placée dans une attitude de réception, est alors tournée vers le ciel qui, par son immensité et son inaccessibilité, a toujours été considéré comme le lieu où demeurent les dieux et d’où proviennent toutes les grâces. En ce sens, le psalmiste affirme :

« Il s’est penché du haut de son sanctuaire, le Seigneur, et des cieux a regardé la terre, afin d’écouter le soupir du captif, de libérer les clients de la mort… ».

– Psaume 102 (101), 20-21.

Aussi, le ciel est traditionnellement associé aux puissances spirituelles fécondant le monde. La main ouverte tournée vers le ciel évoque dès lors une capacité à nous placer dans une attitude de réceptivité et d’accueil vis-à-vis de la puissance fécondante de Dieu. C’est d’ailleurs en ces termes que Çophar de Naamat s’adresse à Job souffrant :

« Allons, redresse tes pensées, tends tes paumes vers lui [Dieu] !… Ton malheur, tu n’y songeras plus, il laissera le souvenir des eaux qui passent… »

– Job XI, 13 ; 16.

Cette souffrance étant précisément liée à un mésusage des forces du כ KaPh .

Quant à la lettre ק QoPh, elle incarne, au sein de la création, le jaillissement lumineux, fulgurant et fécond de l’Esprit puisqu’elle est issue d’un ancien idéogramme représentant une hache. Or cet instrument fut très tôt associé à la foudre par les traditions antiques. En effet, telle une hache qui fend l’écorce de l’arbre pour en découvrir le coeur, la foudre fend le ciel avec fracas pour en révéler la lumière (l’éclair). Les Celtes, les Mayas et les Amérindiens utilisaient même l’expression « pierre de foudre » pour désigner leurs haches de pierre qu’ils considéraient toujours comme étant tombées du ciel. En raison de son rapport avec la foudre, la hache fut également très étroitement associée au processus d’illumination spirituelle. Ainsi, dans la plupart des civilisations anciennes, les devins tenaient leurs dons du fait qu’ils avaient été frappés par la foudre.

À ce titre d’ailleurs,

« l’endroit où le Dieu frappe de la foudre est sacré, l’homme qu’il foudroie est consacré. ».

– Éliade, Mircéa, Traité d’histoire des religions, Paris, 1949.

Dès lors, la hache devint le symbole du processus d’illumination spirituelle au cours duquel la lumière de l’Esprit jaillit des ténèbres pour féconder la conscience humaine. En ce sens, nous retrouvons dans de nombreux documents maçonniques l’image d’une hache plantée au sommet d’une pyramide ou d’une pierre cubique. Cette image annonce à l’aspirant maçon que le temps est maintenant proche où l’Esprit se révélera à sa conscience (symbolisée par la pierre cubique ou la pyramide), l’adombrant pleinement de son éclatante lumière.

Enfin, la lettre ו VaV , celle qui occupe le coeur du radical, désigne un crochet servant traditionnellement à établir un rapport étroit entre deux éléments, chacun étant dorénavant intimement relié à l’autre. Dès lors, nous pouvons en déduire que le radical contient l’idée de se faire creux (comme le suggère la paume de la main), c’est-à-dire de se placer dans une attitude de réceptivité et d’accueil vis-à-vis de la puissance fécondante de Dieu (évoquée par la hache), celle-ci brisant la situation mortifère dans laquelle nous nous retrouvons pour nous relier à nouveau aux réalités divines (comme l’indique l’image du crochet associée à la lettre ו VaV ). En ce sens, l’enjeu de KEVAQ(YaH) nous invite à lutter contre les puissances égoïques qui nous maintiennent dans un état mortifère en combattant en nous tout instinct d’appropriation qui nous incitent à nous saisir systématiquement des ressources qui nous entourent au risque de nous limiter à la seule dimension extérieure du monde et de nous y aliéner. Sur un plan supérieur, ce même enjeu consiste à défendre les valeurs de l’amour en combattant toutes les situations dans lesquelles il y a exploitation éhontée de l’homme ou de la vie en général.

Certes, un tel enjeu n’est pas évident, car il suppose de la part de nous un puissant travail de rectification intérieur nous amenant à transcender notre instinct de survie pour nous placer dans une totale disposition de confiance, attendant avec foi les ressources que Dieu voudra bien nous prodiguer. Si nous réussissons, nous accéderons toutefois aux ressources prodigieuses que nous révèle l’Esprit dans les replis les plus intérieurs du monde. En effet, lorsque nous nous plaçons sous l’emprise de l’ego, donnant ainsi libre cours à notre instinct d’appropriation, nous développons une vision du monde où la matière est perçue comme une réalité purement extérieure et donc singulièrement pauvre et limitée. En nous libérant de cet instinct d’appropriation, nous permettons cependant à Dieu de nous révéler Sa présence immanente et conséquemment Son aptitude à nous offrir toutes les richesses dont Il est le propriétaire.

En ce sens, l’interprétation qu’il faut donner au mot kouke כוכ (KaPhVaVKaPh), désignant « l’enfoncement » ou « la niche », s’éclaire tout particulièrement. Cet enfoncement ou cette niche évoquent évidemment le creux de la paume de celui qui renonce à prendre par lui-même pour se placer dans une attitude de réceptivité. Toutefois, ces deux termes évoquent également les replis intérieurs du monde (lieux de la présence immanente de Dieu) et les prodigieuses ressources qu’ils recèlent. Pour mieux illustrer encore l’enjeu du Seraphim KEVAQ(YaH), nous pouvons également citer cet épisode biblique où le Christ exhorte précisément ses disciples à combattre leur instinct d’appropriation vis-à-vis des biens matériels :

« Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Que si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! Ne vous inquiétez donc pas en disant : Qu’allons-nous manger ? qu’allons-nous boire ? de quoi allons-nous nous vêtir ? Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. ».

– Matthieu VI, 25-33.

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