ANALYSE KABBALISTIQUE DE L’ANGE DOMINATION ShAH (YaH)


Le nom de la Domination ShAH (YaH) est constitué d’un radical composé des lettres SchIN, ALePh et He à partir desquelles nous pouvons former le mot shaah (SchINALePhHe) signifiant « dévaster » ou « ruiner »; « être désert » ou « être désolé »; « être tumultueux », « être en fureur » ou « s’agiter » et, enfin, « être stupéfait » ou « être étonné ». Il est également possible de constituer le mot isheh (ALePhSchINHe) désignant, dans la tradition juive, le sacrifice brûlé sur l’autel. Enfin, nous pouvons extraire de ce radical le terme seh (SchINHe) désignant l’« agneau ». Quant à la particule YaH, elle le place dans une perspective de relation à Dieu. Nous nous intéresserons donc à ces mots pour mieux appréhender ce qu’incarne ShAH (YaH).

Avant toute chose, il importe cependant de préciser que la lettre ALePh occupe le centre du radical. Sachant, nous l’avons déjà mentionné précédemment, que cette lettre incarne la puissance divine en tant que force fécondante et vivifiante, agissant dans le monde pour y maintenir la cohésion, l’organisation et la vie, nous pouvons déjà en déduire que toutes les réalités évoquées par les mots extraits du radical s’articuleront autour de cette puissance fécondante et vivifiante. C’est donc dans cette perspective que nous interpréterons le mot shaah (SchINALePhHe). En effet, pour permettre à une terre d’être investie par le souffle vivificateur et fécondant de Dieu afin d’accéder à un état de pleine fertilité, il faut préalablement qu’elle soit totalement défrichée (devenant ainsi une terre désolée) et labourée (soit encore dévastée). C’est l’histoire du grain de blé évoqué par le Christ dans l’évangile selon saint Jean:

« En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. ».

– Jean XII, 24.

En effet, nous sommes tous représentés par ce grain de blé qui renferme en lui-même de prodigieuses potentialités bien qu’il demeure encore complètement replié sur lui-même, sans aucune espèce de fécondité, ignorant sa véritable destinée et souhaitant se conserver tel qu’il est, sans transformation profonde (à moins qu’il ne cherche à être un grain de blé plus gros qui, en raison de sa taille et de son poids, pourrait régner sur tous les autres grains de blé). Un jour cependant, il sera jeté en terre, une terre dont l’humidité va entamer en lui un véritable processus de dévastation. La fine peau qui le recouvrait, une peau dorée, lisse et douce au toucher, va en effet pâlir, se ramollir, se gondoler et pourrir. Pire encore, sous l’action d’une humidité le pénétrant jusqu’au dedans, il se transformera jour après jour en une réalité gonflée et boursouflée qui finira par éclater et s’éventrer. Toutefois, ce processus de dévastation, loin d’être négatif, se révélera au contraire profondément positif puisqu’il lui permettra de manifester les prodigieuses ressources dont il était porteur au plus profond de lui-même (il deviendra épi de blé).

Ajoutons que le grain de blé peut croire, tout au cours de ce processus de dévastation qui le submerge jusqu’au plus profond de son être, qu’il est frappé d’une malédiction divine. Or, nous le savons maintenant, cette fureur divine (évoquée par le terme shaah (SchINALePhHe), ne s’inscrit pas dans un processus de néantisation, mais bien dans celui d’une restauration (restauration de l’être dans sa fécondité première). C’est d’ailleurs ainsi qu’il faut comprendre, dans les textes bibliques, les épisodes évoquant un Dieu qui frappe les impies, dans sa fureur. Dans cette perspective, Il déclara même aux Israélites qui s’étaient détournés de Lui (qui, étant sous l’emprise de l’Esprit du monde, n’étaient plus aptes à s’établir solidement, en ce lieu où le souffle vivificateur de Dieu les féconde):

« Et si malgré cela vous ne m’écoutez point et que vous vous opposiez à moi, je m’opposerai à vous avec fureur, je vous châtierai, moi au septuple pour vos péchés. Vous mangerez la chair de vos fils et vous mangerez la chair de vos filles. Je détruirai vos hauts lieux, j’anéantirai vos autels à encens, j’entasserai vos cadavres sur les cadavres de vos idoles et je vous rejetterai. Je ferai de vos villes une ruine, je dévasterai vos sanctuaires et ne respirerai plus vos parfums d’apaisement. C’est moi qui dévasterai le pays et ils en seront stupéfaits, vos ennemis venus l’habiter ! […] Ceux qui parmi vous survivront dépériront dans les pays de leurs ennemis à cause de leurs fautes; c’est aussi à cause des fautes de leurs pères, jointes aux leurs, qu’ils dépériront. Ils confesseront alors leurs fautes et celles de leurs pères, fautes commises par infidélité envers moi, mieux, par opposition contre moi. Moi aussi je m’opposerai à eux et je les mènerai au pays de leurs ennemis. Alors leur cœur incirconcis s’humiliera, alors ils expieront leurs fautes. Je nie rappellerai mon alliance avec Jacob ainsi que mon alliance avec Isaac et mon alliance avec Abraham, je me souviendrai du pays. ».

– Lévitique XXVI, 27-32; 39-42.

C’est aussi dans un même ordre d’idée que nous pouvons interpréter le symbolisme de l’agneau. En effet, dans la tradition occidentale, cet animal évoque un processus de mise à mort (un processus sacrificiel où on l’égorge) pour obtenir (ou maintenir) l’intervention de la puissance vivificatrice de Dieu, celle-ci permettant à celui qui présente son offrande d’être épanoui (d’être rendu fécond) dans toute la plénitude de sa mesure.

Ainsi, « à toutes les étapes du développement de la civilisation méditerranéenne – civilisation de pasteurs nomades autant que d’agriculteurs sédentarisés – l’agneau premier-né, celui qu’on appelle aujourd’hui agneau de la Saint Jean, apparaît, dans sa blancheur immaculée et glorieuse, comme une cratophanie printanière: il incarne le triomphe du renouveau, la victoire, toujours à refaire, de la vie sur la mort. C’est cette même fonction archétypale qui fait de lui par excellence la victime propitiatoire, celui qu’il faut sacrifier pour assurer son propre salut. […] En fait, avec une constance qu’aucun événement ne vient altérer jusqu’à nos jours, l’agneau de lait, des juifs aux chrétiens, et de ceux-ci aux musulmans, est la victime sacrificielle de toutes les occasions, et surtout du Renouveau où se succèdent Pâque juive, Pâques chrétiennes, mort et résurrection du Christ agneau de Dieu, et sacrifice du Ramadan… ». ( Chevalier, Jean, Gheerbrant, Alain, Dictionnaire des Symboles, Robert Laffont, Paris, 1982.)

Ajoutons en outre que le mot isheh (ALePhSchINHe) désignant le sacrifice brûlé sur l’autel, conforte encore de manière éloquente ce symbolisme propre à l’agneau.

Dès lors, considérant ce qui précède, nous pouvons en déduire que la Domination ShAH (YaH) nous invite à jouir des ressources de la réalité en sachant combattre toutes les forces mortifères qui tendent à cristalliser cette réalité sous sa seule apparence extérieure, ne donnant plus accès aux formidables richesses intérieures qu’elle recèle. Elle nous conférera donc la force et la confiance nécessaires pour agir sans hésitation, même de manière apparemment destructrice, si cela peut faciliter un processus d’épanouissement. En ce sens, elle nous conférera une puissante aptitude à travailler la matière, la triturant, la pétrissant, la transformant et la transmutant, révélant ainsi toutes les richesses qu’elle recèle dans ses profondeurs. C’est d’ailleurs pourquoi certains kabbalistes suggèrent à ceux qui s’adonnent aux travaux d’alchimie de solliciter l’aide de cette Domination.

%d blogueurs aiment cette page :