ANALYSE KABBALISTIQUE DE L’ANGE AVAM (OMAEL)



Le nom de la Domination AVaM EL (Omael) est constitué d’un radical composé des lettres ALePh, VaV et MeM à partir desquelles nous pouvons former le mot ém (ALePhMeM) désignant la « mère », la « matrice » ou la « nation ». Quant à la particule el (ALePhLaMeD), elle introduit ces réalités dans une perspective de relation à Dieu. Pour mieux saisir l’enjeu auquel cette Domination se réfère, entreprenons donc l’analyse symbolique des mots que nous avons extraits du radical.

Ainsi, nous constatons qu’AVaM EL évoque fondamentalement une matrice apte à offrir toutes les ressources nécessaires pour répondre aux besoins de ceux qui y ont accès. En effet, tel est le rôle de la mère, mais aussi celui de la nation (la mère patrie). Cette Domination nous invitera donc à développer en nous cette dimension matricielle qui pourvoira alors à tous nos besoins en étant fécondée de l’intérieur. Or cette fécondation ne sera possible que par l’établissement d’une communion avec nous-mêmes et d’une union avec l’autre. En effet, en devenant un avec nous-mêmes, nous instaurons en nous une communion intime entre notre corps et notre esprit, formant ainsi une matrice favorable à l’exaltation de la vie sous toutes ses formes. Il en résulte, au niveau de l’être tout entier, un indicible sentiment de plénitude. Nous serons donc d’abord invités à instaurer cette unité intérieure, impliquant que tout ce qui s’oppose et se déchire en nous soit réconcilié et réharmonisé dans un état de paix profonde. Réaliser cette pacification suppose cependant un certain nombre d’exigences, dont l’assumation et le respect de soi dans la globalité de notre personne, incluant autant les qualités que les défauts.

Fort de nous-mêmes, nous serons ensuite incités à nous tourner vers l’autre pour instaurer avec lui un rapport affectif intime. En effet, l’union consacrée entre deux êtres qui s’aiment génère toujours une véritable matrice permettant l’incarnation plénière de la grâce divine. C’est d’ailleurs pourquoi la tradition de l’hermétisme nous enseigne que rien n’est impossible à deux personnes qui s’aiment. Dans leur relation d’intimité affective, les conjoints qui s’unissent peuvent en effet concentrer une force spirituelle extraordinaire qui, dirigée par une intention précise, peut contribuer à l’accomplissement d’un objectif particulier: guérir un malade, par exemple. C’est une technique que l’on retrouve tout aussi bien exposée dans les doctrines spirituelles de l’orient que de l’occident. Cette magie, essentiellement fondée sur la puissance de l’amour, devient alors un outil extraordinaire permettant à la fois d’agir dans un but particulier, mais aussi d’éveiller la conscience à des réalités transcendantes auxquelles nulle autre voie ne peut permettre d’accéder.

En ce sens, l’union sexuelle revêt une très grande importance. En effet, l’acte sexuel est un rite d’union venant sceller la communion subtile et profonde établie entre deux partenaires. Il comporte donc une dimension profondément mystique. Par la jouissance et la plénitude qui en découlent, les conjoints s’ouvrent non seulement l’un à l’autre, mais ils sont également absorbés dans une dimension plus vaste qui les transcende: la fusion avec le Tout-Autre. En effet,

« toute jouissance, tout plaisir est une expérience du divin. […] Le plaisir est à la source de tout ce qui existe. ».

– Karapâti, Lingopâsanâ rahasya, Siddhânta, vol. 2.

En d’autres termes, l’orgasme nous conduit à une véritable expérience d’extase par laquelle la conscience abdique pour se laisser emplir du souffle de l’Esprit. Dans l’extase,

« c’est peu à peu qu’on meurt à ces choses extérieures et qu’on perd l’usage des sens pour vivre en Dieu » nous précise sainte Thérèse d’Avila.

– Sainte Thérèse d’Avila, Les Relations (1576).

Certes, elle fait ici référence à une extase purement mystique, mais l’extase résultant de l’union sexuelle est fort semblable. En effet, nous savons que dans l’extase mystique, l’homme s’unit à Dieu et

« cette oraison d’union comble l’âme d’une si immense tendresse qu’elle voudrait fondre, non pas de douleur, mais en larmes de joie. ».

– Sainte Thérèse d’Avila, Les Relations (1576).

À ce titre, la tradition orientale fut d’ailleurs toujours parfaitement consciente du formidable pouvoir de l’acte sexuel comme moyen de s’ouvrir à la grâce divine. C’est pourquoi tout le rituel védique est l’équivalent de l’acte d’amour:

« Le premier appel est l’invocation du dieu (hinkara). La proposition représente les laudes (prastâra). Se coucher avec la femme est le Magnificat (udgîtha). Se coucher face à face est le chœur (pratihâna). Le moment crucial est la consécration rituelle. La séparation est l’hymne final (nidhâna). ».

– Daniélou, Alain, Mythes et dieux de l’Inde, Editions du Rocher, Paris, 1992.

De même, « l’hymne au dieu-de-la-main-gauche (Vâmadeva) est tramé sur l’acte d’amour. Celui qui comprend que cet hymne au dieu-de-la-main-gauche (la forme ignée de Shiva) est tramé sur l’acte d’amour se recrée lui-même à chaque copulation. Il vit toute la durée de sa vie, il vit longtemps, et devient riche en progéniture et en bétail, riche en renommée. ».

– Chândogya Upanishad 2, 13, 1.

Précisons toutefois que le rapport intime instauré entre deux êtres ne s’enracine pas exclusivement dans l’acte sexuel. S’il est vrai qu’il s’agit là du modèle le plus évident, d’autres formes d’union amoureuse peuvent également favoriser l’expression de la grâce. Le simple fait, par exemple, de regarder l’être aimé dans les yeux permet à celui qui a développé une certaine sensibilité à cette expérience de vivre une fusion tout à fait exceptionnelle. Le rapport intime entre deux êtres, quel qu’en soit le mode d’expression (rapport conjugal, fraternel ou amical), produit donc, à divers degrés, une effusion de la grâce divine. C’est d’ailleurs ce qu’enseigna le Christ lorsqu’il déclara:

« De même je vous le dis en vérité, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom [au nom de l’amour], je suis là au milieu d’eux. ».

– Matthieu XVIII, 19-20.

Pensons également à ces paroles du psalmiste:

« Voyez ! Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble ! C’est une huile excellente sur la tête, qui descend sur la barbe, qui descend sur la barbe d’Aaron, sur le col de ses tuniques. C’est la rosée de l’Hermon, qui descend sur les hauteurs de Sion; là, le Seigneur a voulu la bénédiction, la vie à jamais. ».

– Psaume 133 (132).

En résumé, nous pouvons dire que la Domination AVaM nous invite à être un avec nous-mêmes pour se tourner vers l’autre et instaurer avec lui un rapport affectif intime (rapport conjugal, fraternel ou amical), par lequel un état de communion profonde s’instaure, la grâce divine (l’amour) pouvant dès lors s’incarner et se manifester pleinement, comblant de ses grâces chacun des partenaires. À un autre niveau, cette Domination nous invitera également, dans le cadre de notre relation à l’autre, à nous unir à Dieu et à participer à sa réalité, transcendant ainsi notre condition humaine pour jouir pleinement du Tout-Autre.

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