ANALYSE KABBALISTIQUE DE :

Le nom du Chérubin HaZaI (EL) est constitué d’un radical composé des lettres He, ZaYiN et YoD à partir desquelles nous pouvons former le mot. Yah (YoDHe), l’un des noms traditionnels de Dieu,…mais aussi le mot zihah (ZaYiNHeHe) signifiant « identifier » ou «décliner son identité». Quant à la particule EL, elle place ce radical dans une perspective de relation à Dieu. Pour saisir la signification profonde du nom HaZaI (EL), composé à partir de ce radical, nous devrons donc nous interroger sur le sens de ces mots.

Avant toute chose cependant, la signification de la lettre ZaYiN, présente  au cœur du radical est particulièrement fondamentale. Or nous savons qu’elle est issue d’un ancien idéogramme représentant une arme. Le nom de la lettre, le mot ZaYiN (ZaYiNYoDNOuN) lui-même, signifie « armer », « armure » ou « armement ». En ce sens, ZaYiN très étroitement associé à un processus par lequel nous  entrons en guerre contre les puissances ténébreuses pour nous affranchir de leur emprise, nous  maintenant (et avec nous la création tout entière) dans un état d’aliénation (dans un état d’esclavage au service de l’Esprit du monde, Satan, et de son  corollaire sur le plan intérieur, l’ego). En d’autres termes, elle incarne une dynamique par  laquelle nous nous s’extirpons de la torpeur qui nous fige, nous cristallise et nous immobilise dans un état de non accomplissement. En outre; les kabbalistes ajoutent que ZaYiN incarne une dynamique de pénétration puisque le retrait d’une réalité implique simultanément l’introduction dans une autre. En ce sens, il s’agit d’une lettre d’intériorisation nous amenant à nous extraire (à nous retirer) de l’emprise du monde et de son immobilisme mortifère pour nous mettre en route vers une réalité nouvelle, nous permettant ainsi d’atteindre un certain accomplissement.

En restituant la lettre ZaYiN au sein du radical constituant le nom du  Chérubin HaZaY (EL), nous constatons que les deux lettres l’entourant forment le mot YaH (Yod], un nom désignant Dieu dans sa dimension transcendante, une dimension qui nous invite à quitter notre condition actuelle pour nous ouvrir à Son mystère Sa transcendance). À ce titre, YaH est d’ailleurs constitué des deux premières lettres du tétragramme sacré YHVH. Or ce tétragramme est le nom le plus inaccessible que l’on ait attribué à Dieu. Plus précisément, c’est Dieu lui-même qui nous l’a révélé par  l’entremise de Moïse:

« Tu parleras ainsi aux Israélites: YHVH le Dieu de vos pères, le Dieu, d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu  Jacob m’a envoyé vers vous. C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération. ».

– Exode II1, 15.

Or personne n’a le droit de le prononcer et s’il est parfois rendu par l’expression «YeHoVaH », « en s’appuyant sur sa vocalisation massorétique indiquée dans les Bibles et les manuels de prières, ou comme « YaHVeH« ; en imaginant telle manière de le prononcer, ces introductions de voyelles dans le Tétragramme ne restituent pas sa prononciation authentique, et c’est pourquoi nous ne l’indiquons que par les quatre consonnes qui forment sa base connue. ».

– Schaya, Léo, L’homme absolu selon la Kabbale, Dervy-Livres, Paris, 1988.  

Dans cette perspective, les Juifs respectueux du mystère de ce Nom se sont bornés à l’écrire, évitant de le prononcer en le remplaçant pat le mot Hashem (le Nom) ou Adonaï (le Seigneur).

Ainsi, le Chérubin HaZaI (EL) est celui qui nous invite à cesser de percevoir la vie de manière purement extérieure (une vision propre à celui qui s’est placé sous l’emprise de son ego ou de son corollaire sûr le plan extérieur: l’Esprit du monde) pour la découvrir dans notre  intériorité en la contemplant avec les yeux du cœur (un processus d’extraction et de pénétration évoqué par la lettre –ZaYiN). Dieu nous enseigne alors comment accéder à des réalités transcendantes (ce qu’évoque le nom YaH). Notons d’ailleurs qu’en introduisant la lettre VaV au  niveau du radical, nous obtenons le mot zihouy (ZaYiNVaVYoD) signifiant «l’identité » ou « l’identification » (le terme zihah (ZaYiNHeHe) signifiant, quant à lui,. nous l’avons déjà mentionné, « identifier » ou «décliner son identité.»). Avec HaZaI (EL), la puissance agissante de Dieu (YoD) se révèle donc et me fait connaître Ses mystères, elle « décline son identité ».

Or quels sont Ses mystères ?

Pour répondre  à cette question, le Père Varillon emploie une expression merveilleusement révélatrice:

« Dieu n’est qu’amour » et cette affirmation va encore plus loin car «tout est dans le « ne que ». Je vous invite à passer par le feu de la négation car ce n’est qu’au-delà que la vérité se dégage vraiment.

Dieu est-il Tout-puissant ?

Non, Dieu n’est qu’Amour, ne venez pas me dire .qu’il est Tout-Puissant.

Dieu est-il Infini ?

Non, Dieu n’est qu’Amour, ne  me parlez pas d’autre chose.

Dieu est-il Sage ?

Non. Voilà ce que j’appelle la traversée du feu de la négation, il faut y passer absolument. À toutes les questions que vous me poserez, je vous dirai: non et non, Dieu n’est qu’Amour. Dire que Dieu est Tout-Puissant, c’est poser comme toile de fond une puissance qui peut s’exercer par la domination, par la destruction. Il y a des êtres qui sont puissants pour détruire  (demandez à Hitler, il â détruit six millions de Juifs !): ».

– Varillon, François, Joie de croire, joie de vivre, Éditions du Centurion, Paris, 1981.

Ainsi, en nous révélant les mystères de Dieu, c’est en fait ceux de l’amour que HaZaI (EL) nous dévoile. Évidemment, le mystère de l’amour demeurera ontologiquement insaisissable  pour la nature humaine. En effet; si l’homme peut l’approcher et participer de plus en plus intimement à sa réalité, il ne pourra jamais accéder à la connaissance totale de ce mystère, l’Amour demeurant toujours au-delà de ce qu’il peut imaginer et concevoir, ne pouvant qu’être accueilli dans son incompréhensibilité. Comme d’ailleurs pourrait-il en être autrement puisque, répétons-le, l’amour est divin et Dieu est Mystère ? En effet, iI demeurera éternellement pour l’homme  ce Mystérieux des mystérieux comme l’évoque si éloquemment saint Jean de la Croix lorsqu’il écrit

« Au ciel lès élus qui connaissent Dieu davantage sont aussi ceux qui comprennent le mieux qu’il leur reste un infini à comprendre. », d’ailleurs ce que nous enseigne également le tétragramme sacré doit l’absence de voyelles le rend imprononçable:

« Paradoxe essentiel qui affirme une relation à Dieu irréductible à la connaissance qui thématise, définit ou synthétise. Par ce retrait dans le silence, la révélation conserve la transcendance de ce qui se manifeste. L’absence des voyelles; qui rend le Nom imprononçable, crée  une distance infranchissable supprimant la possibilité de tenir Dieu pour un objet. […] Le Nom Tétragramme ne renvoie à rien – d’autre, qu’à lui-même ; différent d’un  nom propre qui renvoie à la personne qui le porte, le Tétragramme ne renvoie pas à une autre réalité qui serait Dieu. Le Nom offre l’impensable. Voir le Nom de quatre lettres, c’est s’abimer dans le néant du sens, pénétrer une néantisation du savoir, faire  l’expérience du vide. L’impensable se donné lui-même à penser comme l’impensable. Le vide est la source même du questionnement. Le Tétragramme est à la fois question et source de toutes les- questions. ».

– Ouaknin, Marc-Alain, Concerto pour quatre consonnes sans voyelles, Édifions Balland, Paris, 1991. •

En  ce sens, si HaZaI (EL) me révèle  les mystères de Dieu et ceux de l’Amour, m’amenant  à mourir pour renaître (à vivre une prise de conscience pour aussitôt la remettre en question et m’ouvrir à une autre), il m’introduit perpétuellement dans le Mystère. Nous retrouvons donc à nouveau une image étroitement associée aux Chérubins:

celle de la roue dont la rotation permanente évoque un constant processus de transformation.

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