ANALYSE KABBALISTIQUEMENT DE :

Le nom du Chérubin HeRY (EL) et constitué  d’un radical composé des lettres (He, ReISh et YoD). Ce radical contient donc  le mot hébreux har  (HeReISh ) qui désigne un « mont » ou une « montagne ». Nous pouvons également à partir de ces lettres (auxquelles en ajoute un He le mot  hariyah (HeReIShYoDHe ) désignant « la femme enceinte » (le mot harah  (HeReIShHe ) signifiant « concevoir»). Par ailleurs, nous  pouvons en extraire la racine (YoDHe, ReISh ) constituant  les verbes « montrer » « enseigner » ou « donner des instructions». Enfin,  nous pouvons former le mot rehî (ReIShHeYoD) désignant « la timidité » (le mot rahah (ReIShHeHe ) signifiant «hésitant » ou « timide»). Quant à la particule  EL, elle place ce radical dans une perspective relation à Dieu. Pour comprendre le sens profond que recèle ce nom, nous entreprendrons donc tout d’abord l’analyse symbolique de la montagne.

 En raison du fait qu’elle s’élève jusqu’au ciel, elle a toujours été considérée comme un lieu privilégié  de médiation entre Dieu et les hommes. De nombreuses traditions antiques organisaient même de grandes processions sur les montagnes sacrées afin d’aller à la rencontre de Dieu. Le mystique espagnol Jean de la Croix va d’ailleurs jusqu’à appeler le chemin qui l’a conduit à Dieu « l’ascension du Mont Carmel ». « À l’époque moderne, ce symbolisme de la montagne est resté très vivace et, par exemple, dans le roman qu’il écrivit durant la guerre, cette histoire « vêtue de mots de montagne » qu’il appela Le Mont analogue, René Daumal n’évoque pas autre chose que cette recherche de l’inaccessible « voie qui unit le Ciel et la Terre« , de ce mont où doit vivre une « humanité supérieure« , dont le « sommet unique touche au monde de l’éternité et (dont la) base se ramifie en contreforts multiples dans le monde des mortels. » Comme Daumal l’écrivit à l’une de ses correspondantes: « Sur les hautes cimes, la pensée est substantielle ou n’est pas (…) Je comprends pourquoi les Sages chinois, le Christ, Moïse, les adeptes de Shiva et autres allaient penser sur de hauts sommets. »» – Encyclopédie  des symboles, Édition française établie sous la dilection de Cazenave, Michel, La Pochothèque, Le livre de Poche, Paris, 1996.

Daumal touche ici une autre dimension fondamentale associée à la montagne que le mot hébreu, harah  (HeReIShHe ) met admirablement en exergue. En effet, en établissant un rapport de médiation entre le Ciel et la Terre, la montagne est également le lieu où Dieu transmet Sa parole à l’homme (où il lui donne ses instructions pour faire écho à la racine (YoDHe, ReISh ). Or le Verbe divin est semence (parole de vie) comme nous le rappellent notamment ces vers extraits du missel de Salzbourg: Gaude Virgo, mater Christi, Quae per aurem conceptiste (Réjouis-toi, Vierge, Mère du Christ, qui par l’oreille a conçu), C’est d’ailleurs une vision qui n’est pas l’apanage exclusif du monde chrétien puisque nous la retrouvons notamment chez les Dogons pour qui la parole est « une des expressions de la semence mâle, à l’égal du sperme. Elle pénètre l’oreille, qui est un autre sexe de la femme et descend s’enrouler autour de la matrice pour féconder le germe et créer l’embryon. ».- Chevalier, Jean et Gheerbrant, Alain, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, Paris, 1982.

 Si la montagne est un lieu de médiation,  elle est donc également un lieu de fécondation comme l’illustre du reste éloquemment le fait qu’elle est un renflement de la: terre, évoquant le ventre d’une femme enceinte (ce que nous suggère le mot hariyah (HeReIShYoDHe ) désignant « la femme enceinte »).

En ce sens, la montagne est pour l’homme un lieu de transformation initiant en son être une nouvelle naissance. Dans le Même ordre d’idées, c’est sur une montagne (la montagne du Sinaï) que Dieu transmit Ses lois (les dix commandements) pour permettre à son peuple d’amorcer une nouvelle existence. C’est également sur une montagne que le Christ appela à lui ses disciples.

« Il advint, en ces jours là, qu’il s’en alla dans la  montagne pour prier, et il passait toute la nuit à prier Dieu. Lorsqu’il fit jour, il appela ses disciples il en choisit douze, qu’il nomma apôtres: Simon, qu’il nomma Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélémy, Matthieu,  Thomas, Jacques le fils d’Alphée, Simon appelé le Zélote, Judas fils de Jacques, et Ridas Iscarioth, qui devint un traître. ».

– Luc VI, 12-16.

Or les douze apôtres qui accompagnèrent le Christ tout au cours de son ministère représentent les douze voies permettant la naissance et la croissance de l’homme nouveau.

         Plus encore, sitôt après avoir choisi les douze, le Christ résuma son enseignement et amorça son ministère public par « le sermon sur la montagne ». En effet, « Jésus se présente d’emblée en législateur, à l’égal de Moïse dont, précise-t-il, il n’entend pas abroger la Loi: il vient la parachever. La Loi nouvelle qu’il apporte sera entée sur l’ancienne. N’est-il pas lui-même le terme de toute Loi ? Pas celui qui impose une fin, mais un terme actif, qui transpose « en grâce et en vérité », sans rien dénaturer. ». – Gérard, André-Marie, Dictionnaire de la Bible, Robert Laffont,  Paris, 1989.  

Juché sur une montagne, il exposa donc, sous un éclairage nouveau, les lois permettant que le cœur de tout homme soit touché et fécondé par la puissance de Dieu (par celle de l’amour), suscitant ainsi la naissance et le développement de l’homme nouveau.

Considérant ce symbolisme, nous pouvons en déduire que le Chérubin HeRY (EL) amène l’homme à s’ouvrir à Dieu et à accueillir Sa parole, établissant avec Lui une relation féconde, source d’une profonde transformation intérieure. Le radical (He, ReISh et YoD) à l’origine du nom HeRY (EL) est d’ailleurs très explicite à ce titre puisque le terme har (HeReISh ), qui désigne un «, mont » ou une « montagne », est accolé à la lettre YoD évoquant la puissance divine, pleinement opérative au sein de l’univers, façonnant la créature pour l’amener à son accomplissement plénier. En d’autres termes, le radical (He, ReISh et YoD) évoque l’établissement d’un rapport de médiation dans le cadre duquel la puissance de Dieu touche et féconde le cœur de l’homme (ce que symbolise la montagne), initiant chez celui-ci un profond processus de transformation intérieure (ce que symbolise le YoD).

         A un autre niveau, le Chérubin HeRY (EL) nous amène également à inscrive notre  relation à l’autre dans une dynamique amoureuse où la parole échangée entre les deux protagonistes devient parole de vie (car exprimant le divin, c’est-à-dire l’Amour). Elle initie dès lors en chacun un profond processus de transformation intérieure. Le Christ incarna  d’ailleurs de manière sublime cet enjeu que nous propose HeRY (EL). En effet,

« il fut le lieu de la Présence, l’adhésion à la Présence, l’expérience unique de l’indicible, l’impartageable intimité avec Dieu vivant dont l’essence est Intimité. Usant des mots de tous les jours, mots qui traduisent des concepts, il dit cet indicible, il partage avec ses frères cet impartageable. »

– Varl1Ion, François, L’humilité de Dieu, Bayard Éditions / Centurion, Paris, 1974.

Sa parole se fit donc une parole de vie, une parole brûlante transformant celui qui l’accueille comme nous le déclarent notamment les deux disciples d’Emmaüs:

« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il (le Christ) nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? ».

– Luc XXIV, 32.

Ajoutons enfin qu’en raison du fait qu’une parole d’amour est toujours une parole d’intimité visant à partager  impartageable, il y a une certaine pudeur à la prononcer (une timidité pour faire écho au dentier mot que nous avons extrait du radical, le mot rehî (ReIShHeYoD). Le Père Varillon écrit à ce propos un très beau passage sur Dieu. Si nous substituons au mot Dieu le mot amour, nous saisissons alors  toute l’importance de cette pudeur à laquelle le Chérubin HeRY (EL) fait également référence: « Dieu (l’Amour) est mystère. II y a un langage sur Dieu (l’Amour) qui tend sans cesse à affirmer plus qu’il ne sait et qui trahit cela même qu’il  désigne. Dieu (l’Amour), c’est la présence qui suscite l’adoration silencieuse. Dieu [l’Amour)  n’est-il pas dans notre effacement et dans les réticences que nous avons  à le nommer plus que dans nos bavardages ? La pudeur et la réserve ne sont pas l’expression d’une dérobade ou de la peur, mais l’indice très sûr du respect.  En d’autres  termes, avant de parler, il importe de se taire, non par démission ni par coquetterie, mais par égard pour la Présence, par crainte de nos fréquents écarts de langage. Et  il se peut que notre époque, en ce qu’elle a de meilleur, répugne à nommer ce dont elle vit obscurément. Il y a là une saine réaction contre bien des dogmatismes. Nos contemporains craignent de se payer de mots. Ce silence respectueux, c’est autre chose que le mutisme. Mais nous devons accepter que ce qui est vivant aujourd’hui fraie son chemin à travers d’obscures profondeurs. Ainsi, la réserve et le silence sont le commencement nécessaire, un moment purificateur, d’une attitude qui est celle de la gratuité et de la gravité. ». – Varillon, François, Vivre le christianisme, Bayard Éditions I Centurion, Paris, 1992.

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