L’ANALYSE KABBALISTIQUE DE


Le nom du Trône MeLaH (EL) est constitue d’un radical compose des lettres MeM, LaMeD et He a partir desquelles nous pouvons former le mot malah (MeMLaMeDHe) désignant « le mot » ou « la parole ». De même, nous pouvons constituer le terme halam ( HeLaMeDMeM) signifiant « convenir » ou « être conforme ». Enfin, nous pouvons extraire le terme mahal (MeMHeLaMeD) que l’on peut traduire en français par le mot « circoncire ». Quant à la particule EL (ALePhLaMeD), elle introduit ces réalités dans une perspective de relation a Dieu. Pour saisir l’enjeu auquel ce Trône se réfère, entreprenons dons l’analyse symbolique des mots que nous avons extraits du radical.

Considérant l’enjeu principal des Trônes nous invitant à assumer nos limites, im apparait évident que MeLaH (EL) nous amène tout d’abord a employer le mot juste nous permettant de nous dire et de nous découvrir tout en nous donnant l’outil nécessaire pour nous placer en relation avec l’autre. En effet, le mot a pour fonction de nous amener à prendre conscience de nous-mêmes a travers le choix des termes que nous utilisons pour nous dire. Ceci nous permet par la suite de communiquer, les mots étant les outils essentiels de toute communication véritable ou chacun se dit dans la reconnaissance et l’affirmation de sa spécificité. En ce sens, le mot juste est le mot qui permet l’échange et la communication authentique, le langage servant a établir un rapport de médiation avec autrui. Toutefois, nous nous disons toujours en nous voilant. En effet, si le mot est juste, il demeure toutefois impénétrable dans ses dimensions profondes. Ainsi,

« les mots – je l’imagine souvent – sont de petites maisons avec cave et grenier. Le sens commun séjourne au rez-de-chaussée… Monter l’escalier dans le mot, c’est de degré en degré abstraire. Descendre a la cave, c’est rêver, c’est se perdre dans les lointains couloirs d’une étymologie incertaine, c’est chercher dans les mots des trésors introuvables. Monter et descendre, dans les mots mêmes, c’est la vie du poète. Monter trop haut, descendre trop bas est permis au poète qui joint le terrestre a l’aérien. Seul le philosophe sera-t-il condamne par ses pairs a vivre toujours au rez-de-chaussée ? >>. – Bachelard, Gaston, La poétique de l’ espace, P. U. F., Paris, 1981.

Quant à la circoncision, si les dictionnaires de symbolisme juif affirment qu’elle est une pratique d’hygiène et de raffinement érotique, l’hermétisme y voit davantage l’ancrage d’une identité sexuelle. En effet, pour bien des civilisations antiques, la suppression du prépuce (qui matérialise l’âme femelle) élimine toute ambivalence quant a l’identité sexuelle du jeune garçon (l’abolition du clitoris étant pratiquée dans la même perspective dans certaines traditions). Nous retrouvons donc déjà l’enjeu de MeLaH (EL) consistant à établir avec l’autre un échange dans lequel nous assumons notre spécificité et les limites de notre identité.
A un niveau plus conforme à la perspective juive, la suppression du prépuce évoque également une reconnaissance du fait que l’homme est un être incomplet (puisqu’il lui manque un morceau). Des lors, seule une relation a l’autre pourra le combler. En effet, il n’existe vraiment (être complet, c’est exister vraiment) que dans une relation à l’autre. Sur un plan plus spirituel, le rite de la circoncision s’inscrit évidemment dans le cadre d’une relation avec Dieu puisqu’elle est un rite d’alliance plaçant l’homme en union intime avec Lui:

« la tradition juive rattache l’institution de ce rite a l’évènement le plus important pour l’histoire du Salut qu’ait retenu la saga du grand patriarche: l’Alliance conclue par Dieu avec Abraham et sa descendance. La circoncision en devient le signe, que tout male doit porter dans sa chair en témoignage de son adhésion; l’incirconcis sera « retranché d’entre les siens: il a rompu l’Alliance ». ». – Gerard, André-Marie, Dictionnaire de la Bible, Robert Laffont, Paris, 1989.

A ce titre d’ailleurs, la circoncision prend alors une signification sacrificielle: l’offrande d’une partie de son corps a la divinité représentant l’individu tout entier qui se donne a Dieu, sa destine étant de se donner entièrement a Lui. Elle est donc une manière d’affirmer son appartenance a Dieu, le prépuce symbolisant tout l’être, toute sa fécondité. Plus encore, ce rite peut des lors s’interpréter comme une volonté de se conformer (d’être conforme) a la volonté de Dieu. En effet, c’est alors seulement qu’il pourra être complet, achevé, participant a la créativité de Dieu dont il reconnait l’importance dans sa propre vie.

Annick de Souzenelle souligne que la circoncision est un rite se déroulant en trois étapes: « Dans un premier temps, appelé Orlah (AYiNVaVReIShLaMeDHe) le prépuce est coupe. Or (AYiNVaVReISh), nous nous en souvenons, est la « tunique de lumière ». Orlah, coupure de cette peau, est l’éveil à la lumière. En effet, toute la cérémonie va tendre à découvrir le gland, symbole de la lumière-verbe. La peau (le prépuce) est alors jetée dans la « poussière » pour qu’apparaisse la lumière. Dans un deuxième temps appelé Priah (PeHReIShYoDHe), les chairs sont écartées, séparées, pour découvrir basar, « la chair originelle » qui est le principe de vie. Priah (PeHReIShYoDHe) est le mot qui veut dire « fructification, fertilité, fécondité » – Pri (PeHReIShYoD) est « le fruit ». Il est fait de la racine Par (PeHReISh), symbole de fécondité, et des deux lettres sacrées Yah (YoDHe) qui commencent le tétragramme divin. La mise a nu de la chair originelle est le retour aux normes ontologiques de l’homme, à la puissance de sa fécondité qui, dans cette perspective, ne concerne pas la procréation, mais la mise au monde de Yah (YoDHe), l’enfant divin qui révèle le Nom et dont l’enfant extérieur est le symbole. Dans un troisième temps appelé Mtsitsah (MeMTsaDIYoDTsaDIHe] qui veut dire « sucement », le Moel (le circonciseur) suce le sang afin de découvrir la Nephesh, l’âme vivante liée au sang. Alors l’enfant redevient âme vivante. ». – De Souzenelle, Annick, Le symbolisme du corps humain, op. cit.

Considérant ce qui précède, nous pouvons en déduire que le Trône MeLaH (EL) nous invite à assumer pleinement note condition existentielle en sachant faire de notre parole une parole juste, employant en ce sens les mots qui nous permettront d’établir un véritable rapport d’échange avec l’autre par lequel nous nous se dévoilerons tel que nous sommes, prenant en outre conscience que nous sommes ontologiquement un être de relation et que nous ne pourrons exister vraiment que si nous sommes en relation avec l’autre. notre véritable nature sera des lors révélée comme l’évoque le rite de la circoncision.

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