ANALYSE KABBALISTIQUE DE

Le nom de la Domination HAÏA (YaH) est constitué d’un radical composé des lettres He , ALePh et ALePh à partir desquelles nous pouvons former le mot hé (He , ALePh) qui désigne la lettre Hé elle-même, mais aussi le mot « voici », une interjection désignant une chose ou une personne proche. Quant à la particule YaH, elle place ce radical dans une perspective de relation à Dieu. Pour saisir l’enjeu auquel cette Domination se réfère, entreprenons donc l’analyse symbolique des mots que nous pouvons tirer du radical servant à la nommer.

Tout d’abord, considérons la lettre He elle-même. À ce sujet, nous avons déjà eu l’occasion de mentionner qu’elle est issue d’un ancien idéogramme représentant une fenêtre, c’est-à-dire « une ouverture faite dans un mur, une paroi, pour laisser pénétrer la lumière et l’air ». Or la lumière, par la chaleur qu’elle dispense, et l’air, par l’oxygène dont il est vecteur, sont traditionnellement deux images attribuées à la puissance divine en tant que force fécondante et vivifiante. Ainsi,

« premier don du Créateur à l’univers qu’Il tire du néant, la lumière sera présentée dans l’Écriture, au sens propre comme au sens figuré, comme la source, la condition, ou le symbole de toute vie; par opposition aux ténèbres qui évoquent le chaos, le désert ou le néant, et symbolisent la mort. ».

– Gérard, André-Marie, Dictionnaire de la Bible, Robert Laffont, Paris, 1989.

Dans la même perspective, l’auteur de l’Ecclésiastique déclare:

« Pleure un mort, il a perdu la lumière… ».

– Ecclésiastique XXII, 11

Le psalmiste affirme également:

« J’acquitte envers toi les actions de grâces; car tu sauvas mon âme de la mort pour que je marche à la face de Dieu dans la lumière des vivants. ».

– Psaume 56 (55), 13-14.

Enfin, Élihu nous confirme:

« Dieu a exempté mon âme de passer par la fosse et fait jouir ma vie de la lumière. Voilà tout ce que fait Dieu, deux fois, trois fois pour l’homme, afin d’arracher son âme à la fosse et de faire briller sur lui la lumière des vivants. ».

– Job XXXIII, 28-30.

Quant à l’air, il est lui aussi une figure de la puissance vivificatrice puisque lorsque Dieu modela l’homme,

« il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. ».

– Genèse II, 7.

Dans la même perspective, le psalmiste déclare:

« Tu (Dieu) caches ta face, ils (les hommes) sont tremblants. Tu leur retires le souffle, ils expirent et retournent à la poussière. Tu envoies ton souffle, ils sont créés, et tu renouvelles la face de la terre. ».

– Psaume 104 (103), 29-30.

Enfin, c’est également en soufflant sur les apôtres que le Christ leur transmit l’Esprit Saint:

« Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit: « Recevez l’Esprit Saint. » ».

– Jean XX, 22.

(l’air n’étant plus alors le symbole d’une puissance vivificatrice sur le plan organique, mais sur le plan spirituel). Dès lors, en laissant passer la lumière et l’air, la fenêtre est étroitement associée à un processus de transmission de la puissance vivificatrice de Dieu au sein du créé (symbolisé par la maison). Ceci est d’ailleurs conforté par le fait que la lettre He s’orthographie en hébreu (He , ALePh). Or la lettre ALePh est issue d’un ancien idéogramme représentant une tête de taureau ou de bœuf et le taureau symbolise, dans la tradition hébraïque, le père du troupeau en tant que géniteur. En effet, Louis Charbonneau-Lassay nous précise:

« il n’est pas seulement, disent les anciens docteurs, le chef du troupeau, il en est aussi l’époux et le père; il y fait naître la joie, l’amour, et, par là-même, la vie; il assure ainsi la perpétuité de l’espèce et la multiplication du troupeau. ».

– Charbonneau-Lassay, Louis, Le Bestiaire du Christ, L. J. Toth Reprint Milano, 1974.

L’association entre le taureau et la puissance fécondante n’est d’ailleurs pas une particularité de la tradition hébraïque puisque nous la retrouvons dans la plupart des civilisations anciennes. En Égypte pharaonique, par exemple, un hiéroglyphe à l’effigie du taureau était utilisé pour signifier « fécondateur » et les Égyptiens vénéraient un taureau sacré, le dieu Apis, en tant qu’emblème de la fertilité inépuisable de la nature. Quant à la mythologie grecque, elle nous présente le taureau comme un animal consacré à Dyonisos. Or ce dieu, génie de la sève et du renouveau printanier, incarne précisément les forces de la fécondité. Au cours des grandes cérémonies religieuses qui lui étaient consacrées chaque année au printemps, un phallus, symbole de la fertilité, était d’ailleurs porté en procession afin de stimuler la fécondité des terres, des troupeaux et des hommes. Mentionnons enfin qu’une ancienne coutume indienne préconisait aux jeunes épouses de s’asseoir sur une peau de taureau pendant que leur mari les touchaient en disant: « Que le maître des créatures nous accordent d’avoir des enfants. ».

Associée au taureau, la lettre ALePh incarne évidemment l’ensemble de ces aspects symboliques. Elle représente donc la puissance divine en tant que force fécondante et vivifiante, agissant dans le monde pour y maintenir la cohésion, l’organisation et la vie. Considérant le symbolisme de la fenêtre et l’étymologie de la lettre He, nous pouvons dès lors en déduire que la Domination HAÏA (YaH) nous invitera à renoncer à notre instinct d’appropriation, cessant ainsi de vouloir conserver pour nous-mêmes les biens que nous possédons (nous délivrant de toute avarice) pour, au contraire, nous placer dans un état d’ouverture (symbolisée par la fenêtre), redonnant toutes les ressources que nous recevons (à l’image de la fenêtre qui communique à la maison la lumière et l’air qu’elle reçoit). En d’autres termes, nous serons invités à gérer les ressources que nous possédons, non dans une perspective égocentrique, mais dans une dynamique de don sachant que Dieu seul en est propriétaire et que nous ne possédons en conséquence rien par nous-mêmes (rien ne nous appartient en propre). Angelus Silesius écrivait à ce titre: « La pauvreté réside en l’esprit: je peux devenir empereur et cependant être aussi pauvre qu’un saint sur terre » car je donne ce que j’ai…

Le Christ a loué maintes fois cette attitude tout au cours de son ministère. Pensons, à titre d’exemple, à l’obole de la veuve:

« S’étant assis face au Trésor, il regardait la foule mettre de la petite monnaie dans le Trésor, et beaucoup de riches en mettaient abondamment. Survint une veuve pauvre qui y mit deux piécettes, soit un quart d’as. Alors il appela à lui ses disciples et leur dit: « En vérité, je vous le dis, cette veuve, qui est pauvre, a mis plus que tous ceux qui mettent dans le Trésor. Car tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence, a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. ».

– Marc XII, 41-44.

À un autre niveau, la Domination HAÏA (YaH) nous invite également à renoncer à nous-mêmes pour nous abandonner à Dieu, devenant, à travers les actes que nous posons à chaque instant de notre existence quotidienne, un vecteur (une fenêtre) révélant les multiples grâces dont nous avons été comblé par le Très Haut. C’est ce qu’évoque d’ailleurs le terme voici (HeYod], une interjection désignant une chose ou une personne proche, la révélant ou la manifestant à notre conscience.

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