ANALYSE KABBALISTIQUE DE


Le nom du Trône PeHiL (YaH) est constitué d’un radical composé des lettres PeH, He et LaMeD à partir desquelles nous pouvons constituer le verbe palah (PeHLaMeDHe) signifiant « distinguer », « séparer » ou « épouiller ». Toujours à partir de ces trois lettres, nous pouvons également former le mot hapalah (HePeHLaMeDHe) désignant « l’action de faire tomber ». Enfin, nous pouvons extraire du radical le terme pèh (PeH, He) désignant « le tranchant » (de l’épée). Quant à la particule YaH, elle place ce radical dans une perspective de relation à Dieu. Pour saisir la signification profonde et l’enjeu auquel ce Trône se réfère, nous nous intéresserons donc à ces mots.

À propos tout d’abord du verbe palah (PeHLaMeDHe) signifiant « distinguer » ou « séparer », il est employé dans le texte biblique lorsque Dieu déclare à Moïse:

« Quant aux enfants d’Israël, pas un chien n’aboiera contre eux ni contre leur bétail; afin que vous reconnaissiez combien l’Éternel distingue entre l’Égypte et Israël. ».

– Exode XI, 7 (version Bible hébraïque).

Cette parole clôt l’annonce de la dixième et dernière plaie envoyée par Dieu à l’Égypte afin que Pharaon laisse sortir les Israélites qu’il maintenait jusqu’alors en état d’esclavage. En distinguant Israël de l’Égypte, Dieu sépare donc les spécificités identitaires des uns et des autres, replaçant chacun dans sa condition et ses limites propres, le peuple d’Israël étant, quant à lui, destiné à participer à Sa réalité (c’est la quête de la Terre Promise qui débutera d’ailleurs à l’issue de la dixième plaie). Pour reprendre le mot hapalah désignant « l’action de faire tomber », nous pourrions dire qu’en séparant Israël de l’Égypte, Dieu fait ainsi tomber toutes les barrières qui maintiennent une réalité (le peuple d’Israël) hors de ses conditions existentielles (c’est-à-dire en territoire étranger: l’Égypte).

C’est dans une même perspective que nous pouvons interpréter le second sens du verbe palah, à savoir « épouiller ». En effet, épouiller désigne l’acte par lequel on débarrasse un être de ses poux. Or, il s’agit de petits acariens hématophages (qui se nourrissent de sang). On en distingue trois espèces: le pou de tête, le pou du corps et le pou du pubis (ou morpion), l’espèce la plus courante étant celle de la tête (pediculus humanus capitis). Ces derniers vivent sur le cuir chevelu et laissent de minuscules taches rouges qui démangent intensément, entraînant des lésions de grattage. Les femelles pondent tous les jours un paquet d’œufs blancs minuscules (lentes). Restant attachés au cheveu tout près du cuir chevelu les lentes éclosent après une semaine environ. Les adultes peuvent vivre plusieurs semaines. Ce sont les enfants qui sont le plus souvent parasités, les femmes l’étant de temps en temps et les hommes ragrément.

Sur un plan symbolique, ces informations nous sont précieuses. Pour pouvoir bien les interpréter, nous devons cependant, avant toute chose, saisir le symbolisme de la peau sur laquelle vivent et se développent ces petits parasites. À ce titre, rappelons qu’elle joue en quelque sorte le rôle d’une clôture. En effet, elle recouvre le corps (l’être), le délimite et par là-même le protège. Elle empêche en outre sa dissolution (en évitant tout contact direct des organes avec les influences nocives du monde extérieur). En d’autres termes, elle maintient l’être dans les limites de sa propre nature. En s’attaquant à la peau, la perforant pour atteindre le sang (suscitant chez sa victime de longues séances de grattage qui génèrent des lésions), le pou incarne donc les puissances ténébreuses du monde qui incitent celui qui se laisse passivement dominer (parasiter) par des valeurs qui lui sont ontologiquement étrangères (celles que la société lui proposent), à s’irriter contre sa condition et les limites qui lui sont inhérentes (ce qu’évoquent les démangeaisons), cherchant à les abolir ou, tout au moins, à les amoindrir, n’entretenant plus avec elles qu’un rapport flou, lâche et partiellement déconnecté (ce qu’illustrent les lésions cutanées qui, déchirant la peau, y laissent des failles ou des brèches).

L’épouillage permet alors de combattre cette tendance à nous montrer trop réceptif face aux réalités mondaines et à vouloir en conséquence nous exprimer hors de nos propres limites (hors de sa clôture). À ce titre d’ailleurs, il n’est guère étonnant que les enfants soient le plus fréquemment sujets aux infestations de poux, l’enfant ayant une identité non encore mature et conséquemment particulièrement fragile, faible et influençable.

De même, le fait que la femme soit plus sensible que l’homme à l’action des poux n’est pas étonnant puisqu’elle incarne traditionnellement le principe de réceptivité (alors que l’homme évoque le principe d’émissivité). Ainsi, l’épouillage pourrait s’inscrire, sur un plan symbolique, dans une dynamique ayant pour objet de replacer l’être dans le cadre de ses limites, l’amenant à ne plus viser autre chose que ce qu’il est ontologiquement (cette prétention l’amenant d’ailleurs à dilapider sa force vitale pour nourrir des chimères incarnées de manière éloquente par les poux qui se nourrissent de son sang).

Quant au dernier mot que nous avons extrait du radical, le terme pèh (PeHHe ) désignant « le tranchant » (de l’épée), il est également très significatif puisque l’épée, symbole par excellence de l’art militaire, évoque évidemment la guerre. Il ne s’agit pas toutefois d’une guerre destructrice assouvissant des instincts belliqueux, mais d’une guerre constructive annihilant l’action des forces négatives. L’épée incarne dès lors une fonction de rectification. À ce titre d’ailleurs, il est intéressant de remarquer que l’exorciste prend toujours soin de se munir d’une épée pour combattre les entités démoniaques. Spécialement consacrée dans ce but, elle coupe, au sens propre du terme, tous les liens créés entre l’individu et son entité obsédante. Nous retrouvons donc ici l’action de séparer évoquée précédemment, une action qui combat tout mélange, restituant à chacun ses véritables limites existentielles. C’est du reste pourquoi l’épée devint un symbole de vérité. En ce sens, l’Apocalypse de saint Jean en décrit une à deux tranchants sortant de la bouche du Verbe:

« Et sa voix était comme la voix des océans; dans sa main droite il tenait sept étoiles, et de sa bouche sortait un glaive acéré à deux tranchants. ».

– Apocalypse I, 15-16.

Selon la tradition hermétique, ces deux tranchants correspondent aux deux réalités sur lesquelles s’exerce la vérité: celle du corps et celle de l’esprit. Considérant ce qui précède, nous pouvons en déduire que le Trône PeHiL (YaH) nous invite à nous établir au sein de nos limites existentielles en sachant rectifier en nous toutes les valeurs ou les attitudes qui ne s’inscrivent pas dans leur cadre (étant étrangères à notre nature profonde). Il nous amène donc à séparer (à distinguer) ce qui relève de notre propre identité (et conséquemment de notre condition, de nos limites) de ce qui n’en relève pas. Dans la même perspective, il nous aidera à combattre tout ce qui nous incite à nous exprimer hors de nos limites, cherchant à atteindre autre chose que ce que nous sommes ontologiquement.

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